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24/12/2007

XVI. Que la lumière fuse !

 

Afin d’économiser l’énergie, nous sommes priés de changer nos vieilles ampoules à incandescence par une nouvelle génération d’ampoules basse énergie ! Leur consommation d’électricité est divisée par cinq, leur durée de vie multipliée par huit, c’est indiqué sur l’emballage et repris dans tous les discours écologiques. Si l’on s’arrête à ces arguments, il semble en effet fort intéressant de changer, à la fois pour notre portefeuille et pour la planète.

 

Mais,… et si cette proposition n’était qu’un leurre ? Une vision rétrécie de la réalité entropique du système où nous pataugeons ?

 

J’aimerais que l’on me prouve, chiffres à l’appui, que l’usage de ces ampoules est réellement plus économique pour la planète, économique globalement s’entend, c'est-à-dire dans le sens où, pour un même résultat obtenu, ici un éclairage utile, la consommation d’énergie globale est, effectivement, moindre qu’avant. Qu’en conséquence, les dégradations imposées au substrat sont diminuées, que l’inéluctable inflation entropique s’en trouve ainsi ralentie.

 

Si l’on se contente d’observer son compteur électrique, sa facture mensuelle, ou même la part d’électricité allouée à l’éclairage produite par une centrale, il est facile de dire que la nouvelle formule permet des économies. Mais globalement ? Quid de tous les paramètres qui ont été évacués de l’équation ? En voici quelques-uns :

 

D’abord, la différence entre la durée de vie des ampoules classiques et les nouvelles est une arnaque productiviste. Il n’aura échappé à personne que les ampoules classiques sont de plus en plus fragiles. Celles qui étaient fabriquées il y a plusieurs décennies avaient une durée de vie autrement plus longue, tandis que celles d’aujourd’hui claquent après quelques mois d’utilisation modérée. C’est voulu, calculé même, l’industrie assure ainsi la reconduction de sa production. De légères améliorations qui n’augmenteraient guère le prix dérisoire de ces ampoules classiques pourraient considérablement allonger leur durée de vie. C’est voulu pour de nombreux d’appareils qui sont, pour ainsi dire, programmés pour claquer après un temps donné, généralement juste après l’expiration de la période de garantie légale. Quant à l’affirmation que les ampoules économiques peuvent fonctionner de 5 à 8 ans (moyenne de 3 h/j), j’ai de très gros doutes. Celles que j’ai placées dans mon bureau et qui fonctionnent de 3 à 4 h/j sont mortes dans les deux ans, sur une installation électrique est parfaitement normale. Peut-être l’ont-elles fait exprès pour me mettre la puce à l’oreille ?  

 

Ensuite, avant de réaliser des économies par rapport aux ampoules classiques, les nouvelles doivent aussi fonctionner… cela va sans dire. Un cinquième du temps ou du nombre de Kw utilisés ne doit donc pas entrer dans le calcul de consommation différentielle. Petite évidence que l’on oublie souvent, une ampoule à incandescence éteinte (parce que l’on prend la peine d’éteindre en sortant), sera toujours plus économique qu’une nouvelle ampoule éteinte.

 

Petit détail, dans les endroits nécessitant une illumination brève mais conséquente (placard, couloir de passage, cave…), les ampoules classiques offrent l’avantage de fournir instantanément l’illumination souhaitée. Si vous devez attendre une minute que l’ampoule économique fournisse un quota de lumen suffisant pour vous permettre de trouver vos chaussettes, elle devient plus gourmande que l’ancienne.

 

Emballage compris, une ampoule économique pèse un peu plus du double (84 gr) qu’une ampoule à incandescence de puissance équivalente (39 gr). Cette simple différence implique l’intégration d’une foule de paramètres connexes qu’il convient absolument d’intégrer dans le calcul global des économies que ces nouvelles ampoules sont censées réaliser.

 

Cela signifie qu’il faut plus de matière pour réaliser ces nouvelles ampoules. Autrement dit, plus d’énergie pour extraire et transporter les matières premières, transformer, élaborer, façonner ce nouveau produit, pour le transporter des usines aux distributeurs, des magasins jusqu’aux lieux d’utilisation. Il est probable, mais je n’en suis pas sûr, que la complexité supérieure des nouvelles ampoules implique une consommation d’énergie supplémentaire, non proportionnelle à la simple notion de masse, lors du façonnage du produit. Enfin, le recyclage du produit implique lui aussi, selon ces mêmes règles, l’utilisation de plus d’énergie que pour le recyclage des ampoules traditionnelles. À cela, l’on pourrait également ajouter le coût de la recherche, de l’ingénierie, de l’élaboration des nouveaux outils, chaînes de montage, robots, formations diverses, publicité, réseaux de distribution… pour le produit de remplacement.

 

Dans un calcul global, il convient donc d’intégrer le cumul de toutes ces dépenses, pour obtenir un prix de revient réel du produit et surtout, plus important, de pouvoir quantifier son rendement réel, soit la proportion d’énergie réellement dépensée pour un service donné équivalent au produit qu’il remplace. Il serait trop simpliste de régler le problème de cette équation globale en disant, comme sont tentés de le faire certains économistes et producteurs, que le coût de revient réel est celui calculé à la sortie des usines, avant l’ajustement des marges bénéficiaires de tous les intervenants. Ce serait oublier hypocritement que le producteur principal (la nature, le substrat, mais aussi le système où nous sommes inclus et donc tous partiellement actionnaires !) n’est jamais payé, ou plutôt dédommagé du préjudice énergétique d’exploitation imposé par l’élan productiviste.

 

À ce stade, je ne suis pas vraiment convaincu que ces nouvelles ampoules constituent une économie d’énergie, au niveau global, par rapport aux précédentes. J’espère que des mathématiciens plus compétents que moi pourront, chiffres à l’appui, me démontrer le contraire.

 

Ensuite, toujours dans un souci d’optimisation du rendement (de tous les types d’ampoules), d’autres paramètres sont encore à intégrer dans ces équations permettant de calculer la consommation énergétique réelle de chaque produit. Car plus le rendement de chaque produit est optimisé, moins la différence entre ancien et nouveau devient pertinente puisque la consommation globale chute de part et d’autre.

 

Ici il y a des tas de recettes, de la conception à l’aménagement plus intelligent des bâtiments jusqu’au civisme individuel. Puits de lumière naturelle, revêtements clairs, réflexe de couper les interrupteurs en quittant un local, dispositifs automatiques pour adapter la puissance de l’éclairage à la présence humaine (notez que les nouvelles ampoules n’aiment pas trop les rhéostats !), et tout ce qu’il est possible d’imaginer pour moins consommer. Un usage justement adapté de l’éclairage et non plus le déversement incontrôlé de lumen que nous pratiquons, permettrait à lui seul d’obtenir de sérieuses économies.

 

Autre aspect du problème, l’origine de l’énergie utilisée. S’il devient crucial de réaliser des économies d’énergie, c’est essentiellement dû à la façon dont nous la produisons, qui est onéreuse et néfaste pour notre environnement (épuisement des ressources fossiles, impact négatif sur l’écosystème, d’où coût exponentiel…). Une cellule survit parce qu’elle reçoit son énergie de l’extérieur. Si elle épuise ses réserves propres, elle meurt et se désagrège. La terre est un système du même ordre, elle reçoit des énergies considérables (essentiellement solaire,…) qu’elle transforme et stocke de différentes manières (écosystème, ressources fossiles, vents et marées,…). Or, nous mettons en péril l’équilibre naturel en dégradant trop vite un système qui peine d’autant plus à se régénérer. La solution évidente, c’est d’utiliser des énergies dites renouvelables dont la transformation en électricité est quasi indolore pour l’équilibre des forces en jeux. Quasi, car il faut quand même bien construire des panneaux solaires, des cellules photovoltaïques, des éoliennes, des centrales marée-motrice, des instruments de transports, etc. Mais globalement cette option est d’un rendement infiniment plus intéressant que de brûler du pétrole ou du charbon. Dans l’éventualité où une énergie abondante et peu coûteuse nous serait proposée via ces procédés écologiques, ce qui n’est nullement une utopie mais question de volonté d’organisation, l’usage des ampoules dites économiques serait encore moins intéressant par rapport aux ampoules classiques. La différence entre les deux produits ne semble pas assez significative pour justifier le changement, contrairement au système Led qui, lui, promet d’emblée un bien plus grand bénéfice de consommation.

 

Notez que ce genre de raisonnement tenant compte de la globalité du système devrait être appliqué chaque fois que nous envisageons de produire quelque chose, ou de remplacer un mode de production par un autre. Ainsi, autre débat actuel, cultiver des plantes pour produire du « carburant vert » servant à alimenter des moteurs thermiques au rendement ridicule me semble une hérésie du même ordre.

  

10:45 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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