| Page d'accueil | XII. Une angoisse entre réalité et fiction.

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23/10/2007

XI. Saturation et corrida.

 

Un sentiment d’angoisse m’étreint. Moi, d’habitude si prompt à m’indigner pour un oui ou un non, voici que plus rien ne semble m’atteindre. Tout serait-il subitement devenu pour un mieux dans le meilleur des mondes ? Ni aurait-il plus de conflits en cours, de famines annoncées, de destructions et de pollutions effrayantes, de chiens écrasés, de politiciens stupides, d’émissions consternantes ou, pour résumer de façon lapidaire, de connerie humaine sur cette planète ? Un miracle, pendant que je dormais, et l’utopie serait devenue réalité. Moi-même, aurais-je été touché à mon insu, infecté d’une quelconque illusion psychique qui me ferait béatement admirer un monde en putréfaction ? Hélas, rien n’a changé, tout se déglingue toujours en suivant l’inexorable courbe d’une entropie que refusent de voir, de comprendre, ou même d’admettre, les milliards de fourmis gesticulant à la surface du monde.

 

Le problème est en moi, plus rien ne me touche. Les nouvelles sont toujours aussi débilitantes. Ici, on transforme des céréales pour alimenter nos moteurs, ailleurs des êtres humains meurent de faim, soit. Regrettables, ces massacres de populations, mais il faut bien que tournent les industries, vive le commerce. Un con éméché tape du poing dans un Monnet, banal. Un type abat des gens en rue, coup de folie, racisme primaire et faits-divers. La routine, en somme. Non, décidément, plus rien ne m’émeut. Empathie zéro. Compassion nulle. Même pas de l’égoïsme exacerbé, mais du vide à ne plus savoir où le mettre. Je crois que c’est cela, la fusion parfaite entre l’amour et la haine : du vide infini. La compréhension, même très fragmentaire, du merveilleux et complexe univers, s’oppose en force égale à la vision des exactions et des conneries humaines. Résultat : anesthésie émotionnelle générale.

 

Autour de moi, de nombreux individus semblent frappés du même mal. Il y en a tant que cela s’appelle, d’ailleurs, la normalité. Je m’étais toujours enorgueilli de me sentir une lucidité suffisante pour, au moins en pensée, m’extraire de toute idéologie consensuelle. Où donc est passée ma capacité à m’indigner ? Je regarde dans ma culotte à la recherche d’une quelconque saillie. Décidément, rien ne va plus. Et si c’était cela le but du jeu ? Nous rendre impuissants en nous faisant croire que, de toute façon, nous le sommes, ou que nous le serons si nous osons nous rebeller. Historiquement, les moyens d’arriver à ce résultat furent la répression armée, l’entretien de la terreur, les endoctrinements religieux, philosophiques ou idéologiques divers, l’hypnotisme politique, plus récemment le gavage consumériste et, je viens de le constater la saturation médiatique et émotionnelle. Trop d’émotion tue l’émotion, le bilan du dernier massacre à autant d’importance qu’un banal résultat sportif. Dormez en paix, braves gens, d’autres veillent à votre place, et à votre réveil tout ira mieux.

 

Il est donc temps que je me reprenne. J’ai une potion magique personnelle qui tient en peu de mot sur un petit carton. Chacun devrait avoir sa potion magique personnelle, la photo des enfants, un chat qui sourit, un beau diplôme, que sais-je ? L’effet est rapide. Pour me remettre en jambe, je vais commencer par un truc facile, tarte à la crème même, la corrida. Comment est-il possible, à notre époque, que l’on puisse encore tolérer une telle ignominie…

   

11:23 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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