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03/09/2007

IX. Botus et mouche cousue

Souvenez-vous, cela a commencé avec ce brave et méritant balayeur de rue… Un jour, las de se voir déconsidéré par une société estimant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une revalorisation de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un changement de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la serpillière chez Madame et briquait les bureaux de Monsieur la nuit, devint une « technicienne de surfaces ». Dans la foulée, le pompiste du coin se transforma en « adjoint à la distribution des produits pétroliers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la transmission des communications écrites ». Que de belles promotions grâce auxquelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux considérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !

 

Depuis, la situation n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en particulier, s’est insinuée au travers du langage jusqu’à contaminer les domaines les plus subalternes, les plus insensés des préoccupations humaines. Cette censure implicite pollue des expressions qui jusque-là apparaissaient claires, immédiatement compréhensibles, souvent belles ou judicieusement imagées, et toujours respectueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes respectueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.

 

Faut-il le rappeler, un con restera toujours un con, peu importe ses capacités d’élocution. D’ailleurs, il est immédiatement perceptible que le fait de traiter avec condescendance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condescendance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contemporains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?

 

Parmi ces nouvelles précautions oratoires, celles touchant les couleurs et les ethnies sont passablement fascinantes tant elles enfoncent leurs utilisateurs dans l’absurdité et l’embarras !

(Remarquez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces censeurs insensés et insolents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus personne n’oserait utiliser le terme nègre en société pour désigner un Africain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condescendance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration première (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nouvelle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spécimens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de considérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « personnes de couleur ». Pathétique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des différences, c’est là une très mauvaise stratégie.

 

Il faudrait au contraire inciter les curiosités, varier les goûts, mélanger les genres, permettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour discrimination ou insulte. Trop compliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui préfèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « humaniste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des aliments, bientôt des convictions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Marseille. Orwell n’est pas loin.  

 

Prévoyons le pire, créons une intelligentsia underground où il sera possible de parler librement de tout et de rien, sans parti pris ni méchanceté gratuite, sans avoir à redouter une assignation en justice pour avoir osé utiliser les mots du dictionnaire ; où il sera possible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offusqués incapables d’un minimum de critique historique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » imaginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes censeurs, d’indiscernables Caucasiens bon teint ; et le tout en dégustant du camembert au lait cru et des chocolats sans matière grasse ajoutée…

 

18:07 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Tout comme certains pays déclarés pauves sont devenu "pays sous-développés" et à ce jour, comme pour valoriser ces pays "riches", nous devons employer le terme "pays en voie de développement". C'est exact que l'humanité est hypocrite.

Écrit par : Claire | 07/09/2007

Merci encore pour ce coup de gueule, Tonton ! A quand celui sur le dogme ( où les religions ? )

Lena

Écrit par : Helena Grantham | 08/09/2007

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