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05/08/2007

VII. Dernières tribulations de l'évolutionnisme, le " dessein intelligent ".

Pour beaucoup, la contemplation semble un état d'esprit plus satisfaisant que la compréhension. Le fait est que cela demande moins d'efforts intellectuels et entraîne souvent moins de risques. Admirer un tour de magie bluffant est un certes un plaisir, mais comprendre comment cela a pu être réalisé, si possible sans que le truc ne nous soit révélé ex abrupto, rend selon moi la chose beaucoup plus plaisante. D'aucuns diront que l'émerveillement ne sera plus aussi savoureux après. Pourtant, il pourra changer d'objet, se fixer sur l'habileté du magicien, le génie de l'inventeur, le plaisir d'apprendre à son tour et de transmettre cette connaissance, sans compter ce plaisir égoïste de savoir déjà ce que d'autres ignorent encore. Chez moi, et je ne crois pas être le seul, les plaisirs s'additionnent. À la satisfaction esthétique ou poétique qu'il y a à admirer un joli paysage, s'ajoutent celles, innombrables, des compréhensions à ma portée. Par exemple, comment l'érosion naturelle a-t-elle pu agencer un tel tableau ? Et si cette question doit me mener jusqu'au poids spécifique du granit et à la force corrosive du vent, je n'en suis que plus comblé. Quant aux explications qui échappent à ma compréhension, s'il est vrai qu'elles m'agacent parfois, elles stimulent aussi mon envie d'en savoir plus. En dernier ressort, si cela dépasse définitivement mes capacités de compréhension, j'avouerai mon ignorance sans toutefois avoir l'outrecuidance de diviniser l'inconnu.

Apparemment, cette tournure d'esprit est loin d'être généralisée puisque beaucoup préfèrent s'en tenir à une contemplation béate du monde, ou du moins une compréhension très superficielle de celui-ci. Quand ceux-là se voient confrontés aux inévitables questions sur les causes, les origines, les buts ou les objectifs de ce qui est et qui évolue sous leurs yeux, ils se contentent alors de réponses lapidaires. Des réponses qui se résument d'ailleurs rapidement à un seul mot : Dieu. Notez que, pour justifier la pertinence (sic) de cette solution, les mêmes sont parfois prêts à déployer une quantité impressionnante de ressources, essentiellement du verbiage et de l'encrage, mais tout de même, dont on ne peut que regretter l'absolue orientation !

Avec l'accroissement des connaissances scientifiques (le bon sens ne suffisant pas), les créationnistes ont dû sérieusement revoir leurs prétentions. Dieu n'a pas créé le monde en 4004 av. J.-C., sédiments et fossiles compris pour nous faire une bonne blague. La terre n'est pas le centre de l'univers et, pire encore, ce même univers, l'ordre et la vie qu'il engendre, n'ont pas besoin de la notion de dieu pour se justifier. On comprend que cela en agace plus d'un ! Mais cela ne rend-il pas les choses encore plus fantastiques et plus merveilleuses ?

Or, voici que les créationnistes reviennent encore et toujours à l'assaut. Par exemple, dans certains états des États-Unis, des fondamentalistes ont voulu substituer leur solution révélée à l'enseignement des théories darwiniennes. Cela a pu se faire, devant les tribunaux, à cause de pressions politiques diverses émanant à la base des comités de parents d'élèves puis de politiciens républicains opportunistes, le tout bien attisé par d'habiles prêcheurs. Une nouvelle offensive plus subtile, car moins attachée à une interprétation littérale des textes religieux, tente aujourd'hui d'imposer l'enseignement d'un nouveau créationnisme dissimulé sous les traits d'un " dessein intelligent " au sein de l'évolution naturelle. Autrement dit, il y aurait une " volonté " ou un " plan " derrière les processus de l'évolution & Dieu expulsé par la grande porte revient par la cheminée, comme le père Noël.

La solution de facilité qui consiste à décréter une intervention divine là où notre compréhension montre ses limites, se voit ainsi reconduite et transposée directement sur le terrain des scientifiques. Le fait de se demander s'il n'y a pas une sorte de volonté, de plan ou de but dans le processus d'évolution, plutôt qu'une nue succession de hasards et d'accidents encadrée par les lois de la physique, de la chimie et de la biologie, n'est pas une hérésie en soi, reconnaissons-le. L'aspect philosophique de la question n'est d'ailleurs pas dépourvu d'intérêts. Cependant, il ne faut pas être dupe, la manoeuvre est avant tout politicienne : rendre du pouvoir à Dieu, plus exactement à ceux qui utilisent cette croyance pour asseoir leur pouvoir.

Une volonté, un plan, un but ? Pourquoi pas après tout. Ne dirait-on pas que la matière s'arrange pour composer des îlots où la vie peut émerger ? Que cette vie s'arrange pour amener des créatures à la conscience, à l'intelligence, au pouvoir d'exercer des transformations inédites au sein de l'univers ? Le gain le plus important étant semble-t-il, pour l'heure, de l'information. Question d'entropie, l'information s'accroît tandis que l'univers refroidit. Vision anthropomorphique : si l'univers avait dans l'idée d'en finir plus vite avec un état qu'il estime inconfortable (suicide), ne créerait-il pas justement les conditions pour épuiser (dissiper) au plus vite son énergie ? Toute l'organisation que nous pouvons admirer, des galaxies jusqu'à nos sociétés, sont de tels dissipateurs. Si Dieu existe, il est donc dépressif et suicidaire. Il devient alors exact de dire que l'homme a été créé à son image, ce que corrobore sa façon de gérer la planète.

Aux questionnements des quelques partisans honnêtes du " dessein intelligent " sur l'intentionnalité apparente des processus évolutifs, on ne peut que présenter la manne de résultats positifs de la recherche scientifique, plus spécialement ceux corroborant la théorie du darwinisme. Le contraire est impossible, les créationnistes n'ont jamais initié aucune recherche sérieuse, tout leur ayant été révélé ! À ceux qui douteraient encore, il faut préciser que le darwinisme n'est pas un réflexe logique de pensée. Si on demande à des partisans convaincus de l'évolution l'explication de l'accroissement du cou de la girafe ou de l'absence progressive de défenses chez les éléphants, on obtient une majorité de réponses du plus pur style lamarckien ! Le gène qui prévient la défense de l'éléphant n'est pas plus présent parce que l'éléphant s'est finalement dit, astucieux, que sans ses défenses il échapperait aux braconniers, mais parce que les individus non exterminés car dépourvus de défenses, ont pu transmettre, eux, leur patrimoine génétique plus souvent. Pareil pour la girafe qui broute les arbres, les individus au cou plus petit ont eu plus de mal à subsister et à transmettre leurs caractéristiques. Pas d'intentionnalité donc, mais une sélection parfaitement causale. Qui a dit que le hasard était déprimant ?

18:19 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Tolérance... Comme le disait Granny à une petite chenille de cinq ans, il faut être indulgent avec les gens qui n'ont pas la même rapidité d'esprit que toi, qui n'ont pas le phosphore qui s'enflamme dans le cerveau, pour réfléchir. Il faut de tout pour faire un monde, des lumières, des ténèbres, et des gens qui n'ont d'humain que la forme...
La vie est une grande école, certains sont proches du bac, d'autres ont besoin de redoubler plusieurs fois pour " imprimer "...

Comprenne qui pourra

Écrit par : Helena Grantham | 07/08/2007

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