14/06/2007

IV. Le mieux est l'ennemi du bien, l'extrémiste végétarien.

Je ne suis pas souvent d'accord avec les maximes, dictons et autres proverbes qui jalonnent nos discours telles de prétentieuses lanternes où vient s'agglutiner la raison commune. On pourrait reparler de la peau de l'ours qu'il ne faut pas vendre avant de l'avoir tué, hérésie manifeste, à moins d'accorder plus d'importance à l'acte commercial plutôt qu'à la valeur de la vie (rassurez-vous, je n'entends pas seulement cette formule au sens littéral). Mais je dois bien reconnaître que " le mieux est l'ennemi du bien " me semble particulièrement pertinent dans le cas du végétarisme.

Il n'est plus à démontrer qu'un régime essentiellement végétarien, bien mené, est bénéfique pour la santé des individus. Ce mode d'alimentation est de surcroît profitable pour l'environnement étant donné qu'il limite le gaspillage des ressources destinées à l'engraissement animal. Le bon sens, s'il existait, devrait conduire les humains à limiter fortement leur consommation de viande. Tel n'est pas le cas, au contraire. Les amateurs de viande rétorqueront qu'ils aiment cela. Mais aime-t-on réellement la viande, ou est-ce un conditionnement culturel, voire bassement économique ? On pourrait d'ailleurs tenir le même raisonnement avec le sucre, que l'on intègre dans tout et n'importe quoi en quantité croissante parce qu'il faut bien écouler les quantités produites.

L'image positive du végétarisme, de la simple observation médicale au constat environnemental, est évidemment combattue par ceux qui ont intérêt à ce que les gens consomment une alimentation carnée, si possible de plus en plus élaborée ou exotique, bénéfice oblige. C'est de bonne guerre (économique), et à ce petit jeu les cons et les pauvres sont toujours perdants. À l'heure actuelle, les riches bien informés et soucieux de mieux vivre, mangent bio, varié, beaucoup moins de viande que jadis. Par contre, il est regrettable de constater que l'image positive du végétarisme est fortement dévalorisée de l'intérieur.

Pourquoi faut-il qu'il y ait des intégristes dans ce secteur comme au sein des plus stupides croyances ? Il y a d'abord les stricts végétariens, qui ne touchent pas à une fibre de viande de toute l'année. Bravo pour leur force de caractère, mais pourquoi ne pas s'autoriser de temps à autre un petit écart ? Une brochette au barbecue (d'accord ce n'est pas " sain ", mais cela sent si bon !), ou un steak grillé à l'occasion ? Si on n'aime pas, on n'aime pas, mais ce ne serait tout de même pas un drame. Ensuite il y a des catégories d'exclusion : ovo-lacto végétarisme (autorise les oeufs et le lait) ; lacto végétarisme (autorise le lait et ses dérivés) ; végétalisme (exclut lait, oeuf, fromage, miel,... et tout ce qui est issu de l'exploitation animale) ; véganisme (exclut aussi l'usage de produits d'origine animale comme le cuir, la cire d'abeille, la fourrure, les cosmétiques testés sur animaux,... )

Plus l'on s'écarte du " végétarisme raisonnable ", celui qui est définitivement bon pour la santé et la nature (un régime composé essentiellement mais pas exclusivement de végétaux, qui autorise les oeufs, le lait, le miel, les poissons, les crustacés,...) et plus les justifications tiennent de registres éthiques, moralisateurs, religieux, voire ésotériques ou sectaires. Qu'on m'explique sérieusement qu'il n'est pas bien de manger l'oeuf d'une poule élevée au grand air. Qu'on m'explique que les abeilles sont frustrées de passer l'hiver dans une bonne ruche et qu'un méchant apiculteur leur vole la moitié du miel en été. Et puisque des bovins sont de toute façon abattus, pourquoi ne pas utiliser leur peau pour se tailler des godasses ? Étant moi-même un végétarien un peu moins que raisonnable (aucun mérite, en général je n'aime pas le goût de la viande rouge ni les préparations, mais je m'autorise sans remords certaines entorses), je suis d'accord que l'élevage et l'exploitation industrielle des animaux est une calamité sanitaire, environnementale, et que sur le plan éthique cela ne grandit pas l'homme. Mais pourquoi jeter le gigot avec l'eau de cuisson ? Les considérations morales, éthiques ou religieuses deviennent systématiquement foireuses dès qu'elles sont portées par des extrémistes. L'exemple des végans claquemurés dans leurs convictions ou les mines blafardes des végétaliens inciterait plutôt à reprendre une côtelette plutôt qu'un rata au soja. Finalement, le mieux est l'ennemi du bien. On souhaiterait que l'humanité diminue sa consommation de viande, mais les extrémistes du végétarisme offrent une telle image de stupidité que cela joue contre la cause.

22:55 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |