24.02.2008
XIX. Des fraises et du chien au menu.
Deux infos concomitantes m’hérissent le poil.
Ici, certains s’offusquent d’une habitude alimentaire des Chinois consistant à consommer du chien. Les prochains Jeux olympiques offrent l’occasion de faire pression sur les dirigeants chinois, comme c’est le cas, timidement, pour le respect des droits de l’homme, afin que ceux-ci légifèrent vers une interdiction de cette tradition culinaire. S’il s’agissait d’obtenir que l’animal en question soit élevé proprement et abattu sans souffrances inutiles, j’approuverais des deux mains. Mais pourquoi vouloir leur interdire de consommer du cleb s’ils aiment ça ? Que je sache, le chien n’est pas un animal en voie de disparition. Par ailleurs, nous mangeons bien du lapin, de l’agneau, du veau, du porc, des grenouilles, du poulet, du cheval, du poisson, des cailles, des escargots et une panoplie invraisemblable d’animaux plus ou moins juteux. Foi de quasi-végétarien, je ne comprends d’ailleurs pas ce goût pour la chair animale que je trouve parfaitement fadasse, mais passons. Sous prétexte que nous idolâtrons à outrance nos toutous, il faudrait que l’humanité entière trouve ignoble d’en consommer. Quand on songe qu’il est responsable, à lui seul, de plus de morsures que tous les autres animaux réunis, il n’est que justice que nous le croquions à notre tour. Ils me font pitié, ces pseudo humanistes ramollis, qui voudraient étalonner la valeur de l’humanisme, voire de l’intelligence, autour de normes comportementales édictées du haut de leur prétention à juger autrui sur base de tels critères.
Les premières fraises sont arrivées. Déjà ! Cela vaut un spot au journal télévisé, comme un exploit sportif. C’est effectivement une sorte d’exploit de proposer, chez nous, de tels fruits en plein mois de février. Pour quoi faire ? Pour régaler quelques m’as-tu-vu fortunés, prouver un savoir-faire en matière agronomique, arriver avant les autres sur le marché. Afin d’obtenir ces fruits, il a fallu sélectionner des variétés hâtives et résistantes, construire et chauffer des serres, envisager un système de croissance hors sol et des protections phytosanitaires particulières. Au final, on a des fraises en hiver dont on fait croire qu’elles ont du goût. On nous conditionne à trouver cela normal, à avoir envie d’en consommer, d’en réclamer n’importe quand comme s’il s’agissait d’un produit vital. Quand on songe à la quantité d’énergie gaspillée pour obtenir ces fraises hors saison, comme tout le reste d’ailleurs, qui par répercussion affecte la biodiversité, le climat, la qualité de vie en général, la survie de l’humanité au final, on ne peut que leur trouver une amertume certaine. Que les producteurs s’ingénient à créer des trucs et des machins superflus en nous faisant croire qu’ils sont indispensables, c’est de bonne guerre. Mais que le consommateur soit assez con pour se laisser ainsi conditionner, cela me dépasse. Il suffit pourtant de poser un acte simple, ne pas acheter ce qu’il n’est pas normal d’acheter, comme des fraises en hiver, et non plus glorifier ce genre d’exploit, mais au contraire trouver cela stupide et fustiger les cons qui tombent dans le panneau. À choisir, le quasi-végétarien que je suis préfèrerait encore manger Milou en chine qu’une fraise chez nous en hiver.
14:02
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12.02.2008
XVIII. Clope, impair et manque.
Mesdames et messieurs les fumeurs, ce n’est pas fini ! Vous croyiez peut-être en être quitte avec toutes ces lois antitabac qui, dans un nombre croissant de lieux, vous empêchent désormais d’intoxiquer impunément celles et ceux qui n’ont pas envie de subir votre agression ?
Enfin, on respire dans les bureaux, les salles de réunions, les restaurants, les transports en commun, bientôt aussi les bistrots… Vous vous dites sans doute que cela va s’arrêter là, que le législateur doit forcément vous laisser des « espaces de liberté » où vous pourrez continuer à tousser en paix ? Hélas pour vous, tant que vous n’accepterez pas de comprendre que votre fumée est incommodante et que votre incivisme (fumer en présence d’autrui sans demander si cela gêne, sans demander la permission ni même s’excuser est de l’incivisme), vous n’en aurez pas fini avec des lois de plus en plus restrictives.
La prochaine loi pourrait ressembler à un gag, mais elle me paraît au contraire une étape fort intéressante avant une interdiction pure et simple de fumer en rue. En effet, depuis l’interdiction de fumer au travail, les employés font de fréquentes escales à l’extérieur pour en griller une. La pause café se délocalise sur les trottoirs, sous les immeubles de bureaux, devant les entrées de magasins. Des litières à mégots agrémentent les entrées d’immeubles comme des bénitiers du vice. Je ne parlerai pas du manque de productivité qu’occasionnent vos absences répétées, en plus de vos performances physiques et intellectuelles amoindries par la drogue, cela ne me concerne pas. Par contre, quelle plaie de se déplacer en ville sur ces trottoirs que vous squattez clopes au bec. Vous êtes devenu de loin la première nuisance olfactive des villes, loin devant les odeurs d’échappement, de transpiration, de grillade suspecte, de crotte de chien, d’urine ou de vomi.
Aussi, dans un premier temps, je propose d’appliquer envers les fumeurs le principe du stationnement alterné. Les quinze premiers jours du mois, autorisation de fumer du côté de la rue portant les numéros pairs, les quinze derniers du côté impair… Au moins ainsi, chacun pourra choisir son côté de la rue où marcher sans devoir porter un masque, au propre comme au figuré. Naturellement, ce ne sera qu’un pis-aller avant une interdiction totale de fumer en rue, ce qui règlera aussi le problème des nuisances sur les foires, brocantes et autres manifestations publiques de plein air.
14:17
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25.12.2007
XVII. Des fêtes, défaites !
La première info du JT fut l’annonce du record de transactions banksys. C’était sans doute ce qu’il y avait eu de plus important ce jour-là ? Des milliers de transactions financières par seconde, félicitations chers consommateurs ! Ce phénomène est d’ailleurs en passe de devenir un challenge récurrent, sorte de téléthon à la gloire du consumérisme le plus primaire.
L’info suivante, censée donner bonne conscience à peu de frais aux acteurs du premier round, concernait des actions de solidarités menées pour soulager quelque peu les démunis, les sans-abris, les exclus, les esseulés et les malades durant cette période de festivités. Une petite larme au passage, ainsi on sait qu’on ne les oublie pas. On ne nous dit pas, évidemment, qu’avec seulement une fraction de ce qui est dépensé en colifichets et en illuminations, ceux-là pourraient bénéficier d’un mieux-être conséquent durant des semaines.
Ensuite, retour à l’info la plus cruciale du jour, la frénésie d’achat. Interview de commerçants, certains encore inquiets, d’autres déjà rassurés, gérant de grandes surfaces, petit commerçant, caissière stressée mais réjouie, préparation des rayons, réassortiment en direct, nettoyage des allées, on s’y croirait, on s’y verrait presque. Tout y passe, du traiteur spécialiste en fruits de mer jusqu’au marchand de paletots pour chien de luxe à sa mémère. Plus tard, on nous explique la tendance de cette année pour la décoration du sapin, cette année ce sont les blancs, l’année dernière c’était le noir, ben oui, faut pas que ça resserve trop vite.
Pauvres sapins ! Cette dévotion annuelle au kitch et au vulgaire rendrait perplexe le plus ouvert des ethnologues. Quant aux illuminations qui, d’année en année, débordent des salons pour envahir façades et jardins, véritables odes au m’as-tu-vu le plus clinquant, c’est à se demander qui sponsorise quoi dans cette affaire.
Non, je ne suis pas un vieux grincheux ! Ce qui m’agace, c’est cet engouement artificiel, cette sorte d’obligation sociale à « faire la fête », cette incitation à acheter, à offrir, à garnir, à consommer, à se comporter selon des codes que beaucoup, au fond de leur âme, n’apprécient pas vraiment. Du moins pas à ce point d’extravagance, ou à ce niveau de dépenses. Trop souvent, l’hypocrisie supplante la bonté dans les cœurs. L’esprit de la fête, ne parlons même pas de celui de Noël, s’est vu détourné par l’Eglise de la consommation.
Mais dans le fond, chacun fait ce qu’il veut ou ce qu’il sait se permettre de faire ! Ce qui ne laisse pas de m’étonner, c’est la faiblesse de toutes ces personnes qui soupirent d’ennui en voyant approcher les dates fatidiques de ces obligations festives, mais qui, par peur de se singulariser, par peur de manquer quelque chose, y participent néanmoins avec la même débauche de moyens et un entier quota d’hypocrisie.
Il manque une date dans le calendrier des innombrables fêtes, anniversaires, commémorations diverses et autres journées de ceci ou cela qui jalonnent notre existence : la fête des rebelles !
14:01
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24.12.2007
XVI. Que la lumière fuse !
Afin d’économiser l’énergie, nous sommes priés de changer nos vieilles ampoules à incandescence par une nouvelle génération d’ampoules basse énergie ! Leur consommation d’électricité est divisée par cinq, leur durée de vie multipliée par huit, c’est indiqué sur l’emballage et repris dans tous les discours écologiques. Si l’on s’arrête à ces arguments, il semble en effet fort intéressant de changer, à la fois pour notre portefeuille et pour la planète.
Mais,… et si cette proposition n’était qu’un leurre ? Une vision rétrécie de la réalité entropique du système où nous pataugeons ?
J’aimerais que l’on me prouve, chiffres à l’appui, que l’usage de ces ampoules est réellement plus économique pour la planète, économique globalement s’entend, c'est-à-dire dans le sens où, pour un même résultat obtenu, ici un éclairage utile, la consommation d’énergie globale est, effectivement, moindre qu’avant. Qu’en conséquence, les dégradations imposées au substrat sont diminuées, que l’inéluctable inflation entropique s’en trouve ainsi ralentie.
Si l’on se contente d’observer son compteur électrique, sa facture mensuelle, ou même la part d’électricité allouée à l’éclairage produite par une centrale, il est facile de dire que la nouvelle formule permet des économies. Mais globalement ? Quid de tous les paramètres qui ont été évacués de l’équation ? En voici quelques-uns :
D’abord, la différence entre la durée de vie des ampoules classiques et les nouvelles est une arnaque productiviste. Il n’aura échappé à personne que les ampoules classiques sont de plus en plus fragiles. Celles qui étaient fabriquées il y a plusieurs décennies avaient une durée de vie autrement plus longue, tandis que celles d’aujourd’hui claquent après quelques mois d’utilisation modérée. C’est voulu, calculé même, l’industrie assure ainsi la reconduction de sa production. De légères améliorations qui n’augmenteraient guère le prix dérisoire de ces ampoules classiques pourraient considérablement allonger leur durée de vie. C’est voulu pour de nombreux d’appareils qui sont, pour ainsi dire, programmés pour claquer après un temps donné, généralement juste après l’expiration de la période de garantie légale. Quant à l’affirmation que les ampoules économiques peuvent fonctionner de 5 à 8 ans (moyenne de 3 h/j), j’ai de très gros doutes. Celles que j’ai placées dans mon bureau et qui fonctionnent de 3 à 4 h/j sont mortes dans les deux ans, sur une installation électrique est parfaitement normale. Peut-être l’ont-elles fait exprès pour me mettre la puce à l’oreille ?
Ensuite, avant de réaliser des économies par rapport aux ampoules classiques, les nouvelles doivent aussi fonctionner… cela va sans dire. Un cinquième du temps ou du nombre de Kw utilisés ne doit donc pas entrer dans le calcul de consommation différentielle. Petite évidence que l’on oublie souvent, une ampoule à incandescence éteinte (parce que l’on prend la peine d’éteindre en sortant), sera toujours plus économique qu’une nouvelle ampoule éteinte.
Petit détail, dans les endroits nécessitant une illumination brève mais conséquente (placard, couloir de passage, cave…), les ampoules classiques offrent l’avantage de fournir instantanément l’illumination souhaitée. Si vous devez attendre une minute que l’ampoule économique fournisse un quota de lumen suffisant pour vous permettre de trouver vos chaussettes, elle devient plus gourmande que l’ancienne.
Emballage compris, une ampoule économique pèse un peu plus du double (84 gr) qu’une ampoule à incandescence de puissance équivalente (39 gr). Cette simple différence implique l’intégration d’une foule de paramètres connexes qu’il convient absolument d’intégrer dans le calcul global des économies que ces nouvelles ampoules sont censées réaliser.
Cela signifie qu’il faut plus de matière pour réaliser ces nouvelles ampoules. Autrement dit, plus d’énergie pour extraire et transporter les matières premières, transformer, élaborer, façonner ce nouveau produit, pour le transporter des usines aux distributeurs, des magasins jusqu’aux lieux d’utilisation. Il est probable, mais je n’en suis pas sûr, que la complexité supérieure des nouvelles ampoules implique une consommation d’énergie supplémentaire, non proportionnelle à la simple notion de masse, lors du façonnage du produit. Enfin, le recyclage du produit implique lui aussi, selon ces mêmes règles, l’utilisation de plus d’énergie que pour le recyclage des ampoules traditionnelles. À cela, l’on pourrait également ajouter le coût de la recherche, de l’ingénierie, de l’élaboration des nouveaux outils, chaînes de montage, robots, formations diverses, publicité, réseaux de distribution… pour le produit de remplacement.
Dans un calcul global, il convient donc d’intégrer le cumul de toutes ces dépenses, pour obtenir un prix de revient réel du produit et surtout, plus important, de pouvoir quantifier son rendement réel, soit la proportion d’énergie réellement dépensée pour un service donné équivalent au produit qu’il remplace. Il serait trop simpliste de régler le problème de cette équation globale en disant, comme sont tentés de le faire certains économistes et producteurs, que le coût de revient réel est celui calculé à la sortie des usines, avant l’ajustement des marges bénéficiaires de tous les intervenants. Ce serait oublier hypocritement que le producteur principal (la nature, le substrat, mais aussi le système où nous sommes inclus et donc tous partiellement actionnaires !) n’est jamais payé, ou plutôt dédommagé du préjudice énergétique d’exploitation imposé par l’élan productiviste.
À ce stade, je ne suis pas vraiment convaincu que ces nouvelles ampoules constituent une économie d’énergie, au niveau global, par rapport aux précédentes. J’espère que des mathématiciens plus compétents que moi pourront, chiffres à l’appui, me démontrer le contraire.
Ensuite, toujours dans un souci d’optimisation du rendement (de tous les types d’ampoules), d’autres paramètres sont encore à intégrer dans ces équations permettant de calculer la consommation énergétique réelle de chaque produit. Car plus le rendement de chaque produit est optimisé, moins la différence entre ancien et nouveau devient pertinente puisque la consommation globale chute de part et d’autre.
Ici il y a des tas de recettes, de la conception à l’aménagement plus intelligent des bâtiments jusqu’au civisme individuel. Puits de lumière naturelle, revêtements clairs, réflexe de couper les interrupteurs en quittant un local, dispositifs automatiques pour adapter la puissance de l’éclairage à la présence humaine (notez que les nouvelles ampoules n’aiment pas trop les rhéostats !), et tout ce qu’il est possible d’imaginer pour moins consommer. Un usage justement adapté de l’éclairage et non plus le déversement incontrôlé de lumen que nous pratiquons, permettrait à lui seul d’obtenir de sérieuses économies.
Autre aspect du problème, l’origine de l’énergie utilisée. S’il devient crucial de réaliser des économies d’énergie, c’est essentiellement dû à la façon dont nous la produisons, qui est onéreuse et néfaste pour notre environnement (épuisement des ressources fossiles, impact négatif sur l’écosystème, d’où coût exponentiel…). Une cellule survit parce qu’elle reçoit son énergie de l’extérieur. Si elle épuise ses réserves propres, elle meurt et se désagrège. La terre est un système du même ordre, elle reçoit des énergies considérables (essentiellement solaire,…) qu’elle transforme et stocke de différentes manières (écosystème, ressources fossiles, vents et marées,…). Or, nous mettons en péril l’équilibre naturel en dégradant trop vite un système qui peine d’autant plus à se régénérer. La solution évidente, c’est d’utiliser des énergies dites renouvelables dont la transformation en électricité est quasi indolore pour l’équilibre des forces en jeux. Quasi, car il faut quand même bien construire des panneaux solaires, des cellules photovoltaïques, des éoliennes, des centrales marée-motrice, des instruments de transports, etc. Mais globalement cette option est d’un rendement infiniment plus intéressant que de brûler du pétrole ou du charbon. Dans l’éventualité où une énergie abondante et peu coûteuse nous serait proposée via ces procédés écologiques, ce qui n’est nullement une utopie mais question de volonté d’organisation, l’usage des ampoules dites économiques serait encore moins intéressant par rapport aux ampoules classiques. La différence entre les deux produits ne semble pas assez significative pour justifier le changement, contrairement au système Led qui, lui, promet d’emblée un bien plus grand bénéfice de consommation.
Notez que ce genre de raisonnement tenant compte de la globalité du système devrait être appliqué chaque fois que nous envisageons de produire quelque chose, ou de remplacer un mode de production par un autre. Ainsi, autre débat actuel, cultiver des plantes pour produire du « carburant vert » servant à alimenter des moteurs thermiques au rendement ridicule me semble une hérésie du même ordre.
10:45
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16.12.2007
XV. Fracture numérique et anesthésie intellectuelle
L’une des dernières croisades en date de nos décideurs est la « réduction de la fracture numérique ». Jolie formule.
À cette fin, des accords ont été passés entre les Communes, les CPAS, des fournisseurs d’accès internet, certains fabricants et des revendeurs de matériels, et quelques ONG s’occupant du reconditionnement de matériel informatique d’occasion. L’idée est certainement louable. Création de centres cybermédia accessibles gratuitement, initiation à l’utilisation de ces nouvelles technologies, possibilité de s’équiper chez soi à petit prix. On songe immédiatement aux avantages : ouverture intellectuelle sur le monde (internet…), possibilité d’améliorer sa situation personnelle (diffusion de CV, apprentissage, formation continue, diversification, contacts facilités…), solution contre l’isolement croissant ( ?), aspect ludique,…
J’imagine que cela fonctionne dans une certaine mesure et que d’aucuns trouvent, par ce biais, des avantages dont ils auraient été exclus autrement. Tant mieux. Mais je sais aussi, parce que je suis un rouage de la machinerie qui permet l’existence de ce projet, que dans beaucoup de cas ce n’est qu’une sucette anesthésiante de plus ! Je reçois tous les jours en consultation ces nouveaux esclaves numériques, l’œil fatigué, PC sous le bras, pleurant que plus rien ne va avec cette satanée machine et cette p… de connexion internet. La plupart du temps, parce qu’ils ont leur fierté, ils ne sont pas venus avant d’avoir bidouillé eux-mêmes dans les entrailles du système ou passé le relais au cousin/voisin « qui s’y connaît en informatique ». Ils sont aussi persuadés, à ce stade de leur déroute, que le problème ne peut venir que du matériel. C’est d’ailleurs la solution qu’on leur vend le plus souvent, du cousin/voisin impuissant aux hot lines surchargées. Le cendrier est plein, donc il faut changer la voiture ! Je reste zen. Un mot est placardé au-dessus de ma table de travail « 99% des problèmes informatiques sont situés entre le clavier et la chaise ». Je passe sur la vulgarisation des explications qu’il me faut débiter pour poser mon diagnostic, cela mériterait une anthologie d’humour et de surréalisme. Mais non, le disque dur ne s’est pas dégonflé et les barrettes n’ont pas fondu !
Le bel outil au potentiel extraordinaire s’est donc transformé, au fil des semaines, en une bête immonde, responsable d’argent perdu, de temps gaspillé, de tracas divers et variés. En plus, la bête est malade et on me demande de la guérir au plus vite car on s’y est attaché ! Consciencieux, j’applique mon traitement, souvent le même d’ailleurs : vermifuge, purge et coup de polish. J’explique, je rassure, je ressuscite les inestimables données que l’on croyait perdues à jamais. Bientôt, la bête ronronne de plaisir et bondit sur internet au quart de tour. Je suis un magicien ! Mon client est content, ce soir Tchantchet va pouvoir tchatter avec Nanette, Bobonne surfer sur Meetic et Raymond se télécharger la dernière vidéo de Paula-X. Dans deux mois, il reviendra pour que je lui retape sa machine victime d’une indigestion de conneries.
S’il est vrai qu’une fracture existe au niveau de l’accès à l’informatique et à l’internet, en raison du marasme socioéconomique ambiant, il est tout aussi vrai qu’une réduction forcée de celle-ci ne réglera pas l’éternel problème de la connerie humaine. Quand l’éducation et l’instruction n’ont pas fait leur travail, lorsque les compétences individuelles sont ce qu’elles sont, placer de tels outils entre les mains de ces personnes revient à placer une machine à écrire entre les pattes d’un singe en espérant qu’il va réécrire Les Misérables. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas inviter ces personnes à apprendre à se servir de l’informatique (pour le plus noble ou le plus vil usage, peu importe d’ailleurs), mais cette incitation encouragée par les autorités politiques n’est ni plus ni moins qu’une anesthésie intellectuelle de plus, doublée d’une nouvelle contrainte économique superflue.
Plus les individus seront engourdis, et pour ceux-là l’ordinateur n’est qu’une extension de tout ce qui fut et est débilitant (de la messe du dimanche aux programmes télé les plus stupides en passant par
12:03
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20.11.2007
XIV. Les sashimis de la honte.
C’est décidé, ils recommencent ! Les baleiniers japonais affûtent leurs harpons, les préparateurs de sashimis aiguisent leurs couteaux et l’industrie du cosmétique soupire d’aise à l’idée de ses prochains bénéfices.
Pardon, il paraît qu’il ne s’agit pas d’une pêche commerciale, mais scientifique ! Un millier de cétacés seront ainsi « prélevés » dans l’antarctique, y compris au sein de deux espèces menacées. Par exemple, il est déjà prévu d’harponner 50 spécimens de baleines à bosse qui, avant d’être revendus aux industriels (pourquoi perdre la marchandise quand on peut joindre le bénéfice au bénéfice ?), seront minutieusement examinés par le savancosinus de service. Nul doute que la science s’en trouvera enrichie de données primordiales et nécessaires à la survie de l’humanité ! Quelle sorte de recherches scientifiques a besoin d’un tel carnage ? Personne n’est dupe, évidemment, et pourtant les japonais osent toujours avancer cette hypocrite justification.
La vérité ? Satisfaire une gourmandise, une tradition gastronomique (pas un besoin vital, mais juste un plaisir éphémère) ; fournir une matière première jadis utile en cosmétologie mais pouvant être avantageusement remplacée de nos jours ; apaiser temporairement l’industrie de la pêche ; nourrir quelques chiens et chats ; et bien sûr fournir d’inestimables informations scientifiques. Pourquoi pas pour alimenter les lampes à huile de quelques nostalgiques ?
Bien sûr des opposants se font entendre depuis l’étranger et même, une fois n’est pas coutume, au sein même de la société japonaise. Des politiciens font le gros doigt de loin, des associations de protections de l’environnement réclament la reconduction du moratoire. Quant à Greenpeace, il promet de placer son navire Esperanza sur la route des baleiniers et de tout tenter pour les forcer à rentrer au port. J’aimerais croire que les méthodes faussement musclées de ce groupement puissent influer sérieusement sur des décisions politico-financières. Placer des banderoles, s’attacher aux grilles de centrales nucléaires, se mettre entre la baleine et le harpon avec des caméras, c’est du « peace and love » médiatique.
A cela je préfère de loin les méthodes de Paul Watson (ex-fondateur de Greenpeace considéré comme un « écoterroriste », alors que les véritables écoterroristes sont évidemment ceux qui pillent et saccagent l’environnement, étrange inversion des étiquettes qui en dit long sur la manipulation des consciences !) Les tactiques de Watson incluent s’il le faut l'éperonnage (9 baleinières envoyées par le fond, équipages sauvés) et le sabordage (2 navires coulés dans un port islandais). Bravo ! Le jour où Greenpeace louera les services de mercenaires pour détruire les outils des pollueurs et destructeurs de la planète, je leur verserai ma contribution.
Messieurs les japonais, vous qui en d’autres temps placiez l’honneur au sommet de vos préoccupations morales, j’espère que la honte vous étouffera à votre prochaine bouchée de sashimi.
11:38
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11.11.2007
XIII. Extinction annoncée d'une communauté.
Six millions de Flamands vont disparaître. Je ne parle pas des flamants roses, ces élégants volatils africo-camarguais, mais des habitants de la région nord de
Ce qu’ils revendiquent comme étant de l’autonomie, de l’indépendance (territoriale, économique, politique et linguistique), se traduit essentiellement par un repli sur soi, sorte de protectionniste idéologique stupide et mesquin qui rebute (ou qui exclut) non seulement les francophones du même pays, mais le monde entier. La coloration politique de plus en plus radicale de cette région est le catalyseur de cet isolement. Or, cette région n’aura de dimensions internationales, et donc de pertinence économique, que si elle s’ouvre à une langue réellement véhiculaire, vu le contexte, l’anglais et le français. Le « néerlandais » causé en Flandre est une langue moribonde, patchwork de dialectes locaux, un peu comme le wallon au sud du pays. Dès qu’ils auront acquis leur chère autonomie, l’on parlera bientôt de
Bien sûr, dans un premier temps, ils ne croiront jamais que cela puisse arriver. Forts de leur réussite économique actuelle (justifiée), mais artificiellement convaincus de l’importance de leurs spécificités, notamment linguistiques ( ?), ils peuvent s’imaginer un avenir prospère. Youp la boum ! Euphorie classique avant la gueule de bois. S’il y a une chose que l’histoire ne supporte pas, c’est la mesquinerie. En l’absence de « grande pointure » (dictateur ou humaniste), ou de « grand projet » (invasion guerrière ou attrait local irrésistible) et rien de tout cela n’existe en Flandre, ce genre d’attitude ne provoque qu’isolement et disparition sans éclat.
Un seul exemple parmi des centaines de cette mesquinerie : des conducteurs d’autobus ont reçu des amendes parce qu’ils avaient omis, sur le territoire flamand, d’enlever les annonces en français défilant sur leur véhicule, annonces qui selon
Géopolitique-fiction :
Zes miljoen Vlamingen zullen verdwijnen. Ik heb het niet over de flamingo’s, (cfr Franstalige woordspeling) die elegante afrikaans-camargische vogels, maar wel over de bewoners van het noorden van België. Uitzonderlijk in de geschiedenis der volkeren, zal deze vooropgestelde uitroeiing niet te wijten zijn aan een inval van de barbaren, maar zal enerzijds voortspruiten uit de natuurlijke omstandigheden, en anderzijds uit de inwendige socio-politieke toestand. Dit volk, uiteraard zeer sympathiek zolang het niet wordt gemanipuleerd door de laag bij de grondse ideologen, beseft helemaal nog niet wat hen te wachten staat.
Wat ze willen bereiken als onafhankelijkheid, in de zelfstandigheid (van grondgebied, van economie, politiek en taal) is een terugkeer op zichzelf, een soort idiote en kleingeestige ideologische zelfbescherming, die niet alleen de Franstaligen van het land afkeer inboezemt, maar door heel de wereld aan de kaak wordt gesteld. De als maar grotere politieke radicalisering van dit gebied werkt als een katalysator van de afscheiding en de vereenzaming. Nochtans kan dit gewest pas internationale afmetingen verkrijgen, en dus ook economisch aanvaardbaar zijn, voor zover het zich open stelt aan een meer algemeen gebruikte taal zoals het Engels of het Frans. Het “Nederlands » zoals het in Vlaanderen wordt gesproken is een ten dode gedoemde taal, een soort patchwork van lokale streektalen, net zoals het Waals in het zuiden van het land. Van zodra ze hun dierbare onafhankelijkheid zullen hebben bereikt, zal men over Vlaanderen spreken net als over het nieuwe Albanië.
In het begin zullen ze natuurlijk nooit zelf durven geloven aan wat er gaande is. Zich sterk voelend in hun hedendaagse economische vooruitgang (gerechtvaardigd) maar tezelfdertijd onnatuurlijk overtuigd van hun persoonlijke eigenschappen, zoals hun taal (?), kunnen ze niet anders dan zich een voorspoedige toekomst inbeelden. Yoep la boem ! Dat is het klassieke vreugdegevoel voordat de roes voorbij gaat. Er is nochtans iets wat de geschiedenis der volken niet verdraagt: de kleingeestigheid. Als men niet beschikt over “de grote maat” (als dictator of als humanist), of een « groot project » (oorlogsaanval of lokale onweerstaanbare aantrek) – en hiervan is geen spoor te merken in Vlaanderen – dan wordt een volk bedreigd door vereenzaming en verdwijning zonder een schijn van glorie.
Een klein voorbeeld van de kleingeestigheid tussen de vele voorbeelden van de kleingeestigheid in Vlaanderen : busbestuurders kregen boetestraffen omdat ze vergeten waren, op het Vlaamse grondgebied, de tweetalige richtingsaanduidingen te veranderen in ééntalige Vlaamse. Omdat, volgens de Wet, tweetalige borden alleen in faciliteitsgemeentes mogen worden gelezen : dit wil zeggen dat in de gemeentes met een meerderheid van Franstaligen de mensen het recht hebben om tweetalige borden te zien : wat een pracht van « toegeving » aan de Franstaligen ! Er zijn dus politiekers te vinden om zulk soort van Wetten te beslissen, en een gerechtelijke, politie- en administratieve machinerie om hen te volgen, zowel als een bevolking om in de handen te klappen van blijdschap. Als een volk bekwaam is om zijn tijd te verspillen in het toepassen van zulke belachelijke maatregelen, daar waar meer dringende problemen ieders aandacht opeisen, dat is een duidelijk teken van « ondergang ».
Geopolitieke fictie : België bestaart niet meer, in het noorden vindt men een onafhankelijk Vlaanderen, in het zuiden een Waals gebied dat zijn aanhechting aan Frankrijk verwacht. Ingesloten in het Vlaamse grondgebied is het Brussels gewest een soort Washington DC geworden, nog slechts aan het Waalse gebied bevestigd door een autostrade « gang », enkele spoorlijnen en een paar lokale wegen. De Vlamingen hebben een muur opgericht om alles goed te scheiden. Er zijn enkele doorgangspunten (checkpoint Charlie zoals in Berlijn tijdens de koude oorlog), maar de toegang is op slot opdat de tegenstrijdige bevolkingen geen vrije doorloop meer zouden hebben. De echtscheidingen en scheidingen van tafel en bed zijn door de Vlaamse Staat gevorderd, zowel in de gezinnen als in de instellingen. Minderheden worden vervolgd of uitgewezen. Het scheelde geen haar, dank zij de internationale druk, of de afstand tussen de beide liggers van de spoorlijnen werd gewijzigd tussen Vlaanderen en de omliggende gebieden. Naar het schijnt is de artistieke en culturele Vlaamse vooruitgang, intra-muros- buitengewoon, maar het gaat alleen om geroezemoes, zoiets als het geluid van soldatenbotten op het asfalt. Wat wel zeker is, is de klimaatopwarming, en die het peil van het zeewater langzaam maar zeker doet stijgen.
11:44
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23.10.2007
XII. Une angoisse entre réalité et fiction.
La discussion s’étirait sur les films d’horreur, de suspens ou d’action qui nous avaient le plus marqués. Un ami évoqua un vieux frankeinstroumph vu en cachette alors qu’il était gamin, qui lui avait filé une sacrée colique. Un autre parla de je ne sais quel film de guerre sanguinolent au réalisme percutant, frissons garantis. Quand vint mon tour, j’eus tout d’abord un peu de mal à retrouver ce qui, cinématographiquement parlant, avait pu imprimer en moi le plus puissant sentiment de frayeur ou de dégoût. Il est vrai que j’ai toujours préféré les films pouvant me procurer de l’émerveillement, du Magicien d’Oz aux dernières aventures de Star Trek. Dans les films plus violents ou plus gores, mon émerveillement se porte sur les effets spéciaux au détriment de l’émotion pure. Évidemment, la scène de la douche dans « Psychose » avait produit son petit effet, mais ce n’était rien à côté du souvenir qui se fit bientôt évidence. Quelques scènes de « Contact », film de Zemeckis d’après le roman de Sagan (Carl !), représentent pour moi le summum de l’angoisse.
J’imagine que cela paraîtra bien puéril à certains, mais on a les angoisses qu’on peut. Dans ce film où il est question d’établir un contact avec une intelligence non humaine, se pose le choix de la personne, de l’ambassadeur terrien, qui pourra embarquer dans l’étrange machine permettant ce fameux contact. Jodie Foster, la scientifique, semble naturellement désignée pour cette mission, mais un intrigant convoite ce rôle. Un collège de sages ( ?) est alors chargé de désigner le meilleur candidat. Politique, intérêts financiers et croyances sont alors mis en balance avec l’aspect purement scientifique. L’intrigant s’achète vite une licence de bon croyant en dieu et rafle l’approbation des juges. La belle Jodie Foster, scientifique avant tout, athée par honnêteté intellectuelle ou tout simplement par bonne santé mentale, est reléguée sur le banc de touche.
Je n’ai jamais rien connu de plus angoissant au cinéma ! Pris par le film, tellement investi dans ce qui pour moi devait être la plus exaltante mission de l’humanité, établir un contact avec une intelligence extraterrestre, me voici abattu par ce coup de Jarnac fruit de l’éternelle connerie humaine. La mission va échouer parce que, c’est inévitable, si l’ambassadeur vient à évoquer ses croyances en quoi que ce soit de divin, il va se faire éjecter, comme un sot qu’il est, de la nouvelle confrérie intergalactique. Et avec lui, puisqu’il est sensé nous représenter, toute notre planète. Adieu le Grand Contact, fermées les portes des classes supérieures, enlisement dans notre bêtise pour encore des siècles et des siècles.
D’accord, je suis dur avec les croyants. Pour moi la foi est le fait d’une déficience en lucidité et en curiosité. Certes, je reconnais qu’il en est de bien braves, de bien gentils, de bien sympathiques (pour racheter tous les autres, grands hypocrites et fous dangereux). Il en est même de bien plus intelligents que moi, ce qui ne laisse pas de me poser question sur le rapport entre la raison, l’intelligence et la santé mentale, mais c’est un autre débat.
Dans le film, heureusement, tout finit bien. La raison triomphe, l’honneur est sauf. Je me demande combien de rendez-vous avec l’histoire nous avons et allons encore manquer à cause de ce genre d’aveuglement. Parce que dans la réalité, la sottise triomphe presque toujours. Je ne parle pas de contact avec d’hypothétiques aliens, mais simplement d’opportunités de construire des sociétés moins abruties de croyances stériles.
14:49
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XI. Saturation et corrida.
Un sentiment d’angoisse m’étreint. Moi, d’habitude si prompt à m’indigner pour un oui ou un non, voici que plus rien ne semble m’atteindre. Tout serait-il subitement devenu pour un mieux dans le meilleur des mondes ? Ni aurait-il plus de conflits en cours, de famines annoncées, de destructions et de pollutions effrayantes, de chiens écrasés, de politiciens stupides, d’émissions consternantes ou, pour résumer de façon lapidaire, de connerie humaine sur cette planète ? Un miracle, pendant que je dormais, et l’utopie serait devenue réalité. Moi-même, aurais-je été touché à mon insu, infecté d’une quelconque illusion psychique qui me ferait béatement admirer un monde en putréfaction ? Hélas, rien n’a changé, tout se déglingue toujours en suivant l’inexorable courbe d’une entropie que refusent de voir, de comprendre, ou même d’admettre, les milliards de fourmis gesticulant à la surface du monde.
Le problème est en moi, plus rien ne me touche. Les nouvelles sont toujours aussi débilitantes. Ici, on transforme des céréales pour alimenter nos moteurs, ailleurs des êtres humains meurent de faim, soit. Regrettables, ces massacres de populations, mais il faut bien que tournent les industries, vive le commerce. Un con éméché tape du poing dans un Monnet, banal. Un type abat des gens en rue, coup de folie, racisme primaire et faits-divers. La routine, en somme. Non, décidément, plus rien ne m’émeut. Empathie zéro. Compassion nulle. Même pas de l’égoïsme exacerbé, mais du vide à ne plus savoir où le mettre. Je crois que c’est cela, la fusion parfaite entre l’amour et la haine : du vide infini. La compréhension, même très fragmentaire, du merveilleux et complexe univers, s’oppose en force égale à la vision des exactions et des conneries humaines. Résultat : anesthésie émotionnelle générale.
Autour de moi, de nombreux individus semblent frappés du même mal. Il y en a tant que cela s’appelle, d’ailleurs, la normalité. Je m’étais toujours enorgueilli de me sentir une lucidité suffisante pour, au moins en pensée, m’extraire de toute idéologie consensuelle. Où donc est passée ma capacité à m’indigner ? Je regarde dans ma culotte à la recherche d’une quelconque saillie. Décidément, rien ne va plus. Et si c’était cela le but du jeu ? Nous rendre impuissants en nous faisant croire que, de toute façon, nous le sommes, ou que nous le serons si nous osons nous rebeller. Historiquement, les moyens d’arriver à ce résultat furent la répression armée, l’entretien de la terreur, les endoctrinements religieux, philosophiques ou idéologiques divers, l’hypnotisme politique, plus récemment le gavage consumériste et, je viens de le constater la saturation médiatique et émotionnelle. Trop d’émotion tue l’émotion, le bilan du dernier massacre à autant d’importance qu’un banal résultat sportif. Dormez en paix, braves gens, d’autres veillent à votre place, et à votre réveil tout ira mieux.
Il est donc temps que je me reprenne. J’ai une potion magique personnelle qui tient en peu de mot sur un petit carton. Chacun devrait avoir sa potion magique personnelle, la photo des enfants, un chat qui sourit, un beau diplôme, que sais-je ? L’effet est rapide. Pour me remettre en jambe, je vais commencer par un truc facile, tarte à la crème même, la corrida. Comment est-il possible, à notre époque, que l’on puisse encore tolérer une telle ignominie…
11:23
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21.09.2007
X. De la futilité.
Étendu à rien foutre devant la télé, zapette en main, voilà que je tombe sur une émission dont le concept est de transformer la bagnole pourrie d’un brave gars en un engin rutilant pourvu de gadgets électroniques à vous couper le sifflet. Pensée sombre, au passage, pour ma vieille Volvo qui aurait bien besoin d’un lavage et de nouveaux pneus. La liste des transformations est impressionnante, une sono de dix milles démons dans le coffre, des écrans partout, une machine à café intégrée au tableau de bord, un lustre (oui, un lustre !) en guise de plafonnier, trente-six bidules et machins plus tape-à-l’œil qu’indispensables, peinture personnalisée, tuning agressif… D’une certaine manière, c’est beau. Ce n’est plus une voiture c’est… je ne sais pas ce que c’est, mais ce truc ne devrait même plus rouler. Le proprio est content, les artistes sont fiers, les sponsors de l’émission se frottent les mains. Et moi j’ai comme une envie de vomir.
Je me rends compte que je viens de passer plusieurs minutes, subjugué par cette affaire, et j’ai honte pour ce temps perdu. Quitte à ne rien faire devant la télé, il y avait sûrement des choses plus intéressantes à regarder. Je zappe furieusement et, comme un fait exprès, il n’y a que des conneries sur toutes les chaînes. D’accord, ce que j’estime être des conneries est peut-être d’un intérêt capital pour d’autres et réciproquement, mais je suis sûr que vous me comprenez, n’est-ce pas ?
Bien qu’engourdi, j’essaye de réfléchir. Ce genre d’émission va inciter de nombreuses personnes à « tuner » leur caisse et cela participe au développement d’une certaine économie. La nausée me revient : une économie de la futilité dont, je n’en doute pas, d’habiles prêcheurs pourront néanmoins justifier de l’utilité fondamentale pour l’équilibre et la bonne santé de la société. On connaît ce discours et ses raccourcis fumeux. En voici un autre : une sono de 1000 Watts et trois néons dans le coffre d’une voiture peuvent permettre, par le jeu de mystérieux leviers économiques, à des traîne-misère de Bangalore de manger à leur faim.
Un vertige me saisit, tant de choses futiles sur l’étal de la culture et de la consommation alors que l’on devrait s’atteler prioritairement à sauver le monde. Je ne suis pas contre le fait de s’amuser et de se faire plaisir de temps en temps, loin de là, mais le mode de vie qui nous est proposé me fait penser au panem et circenses des romains dont l’empire s’effondrait dans l’indifférence des jouisseurs. D’abord cette émission, son concept et ses résultats concrets ; puis des milliers d’idiots qui comme moi l’on regardée ; des centaines qui en seront influencés ; un idiot tout seul qui trouve le moyen d’en faire un article pour ce blog ; ce blog lui-même si on va par là et ses lecteurs car je ne vous oublie pas. Et ce n’est là qu’un épiphénomène insignifiant dans la manne des futilités où nous nous enlisons journellement alors que la situation planétaire est des plus préoccupante. Je cherche rapidement ce qui, à mes yeux, pourrait symboliser à l’heure actuelle le comble de la futilité, et je pense à Paris Hilton. Je viens de me faire parishiltoniser par une émission débile.
Qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne peux pas interdire ce que j’estime inutile et dommageable, ni remodeler la société à ma guise. Je peux au moins dire ce que je pense et inciter d’aucuns à penser et agir avec plus de circonspection. Mais il reste que j’ai le sentiment d’avoir participé, par mon inertie en regardant cette émission, à accroître le déficit moral de l’humanité. Comment puis-je transformer ce moment d’égarement ?
Une autre information croise alors ma réflexion. Un fait divers. Des bagarres éclatent dans un lycée américain parce que des noirs, en septembre 2007 n’est-ce pas, souhaitent eux aussi profiter de l’ombre d’un arbre, ombre traditionnellement réservée aux blancs. On croit rêver. Mais non, il y a des images. Dont une me révolte plus que les gueules cassées. Plutôt que de privilégier le dialogue ou même d’imposer un règlement non discriminatoire, les « responsables » ont abattu l’arbre. Ben oui, il n’avait qu’à pas être là à dispenser bêtement son ombre généreuse. Soit, je sais ce que je vais faire, planter deux arbres. Et vous ?
18:14
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03.09.2007
IX. Botus et mouche cousue
Souvenez-vous, cela a commencé avec ce brave et méritant balayeur de rue… Un jour, las de se voir déconsidéré par une société estimant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une revalorisation de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un changement de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la serpillière chez Madame et briquait les bureaux de Monsieur la nuit, devint une « technicienne de surfaces ». Dans la foulée, le pompiste du coin se transforma en « adjoint à la distribution des produits pétroliers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la transmission des communications écrites ». Que de belles promotions grâce auxquelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux considérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !
Depuis, la situation n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en particulier, s’est insinuée au travers du langage jusqu’à contaminer les domaines les plus subalternes, les plus insensés des préoccupations humaines. Cette censure implicite pollue des expressions qui jusque-là apparaissaient claires, immédiatement compréhensibles, souvent belles ou judicieusement imagées, et toujours respectueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes respectueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.
Faut-il le rappeler, un con restera toujours un con, peu importe ses capacités d’élocution. D’ailleurs, il est immédiatement perceptible que le fait de traiter avec condescendance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condescendance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contemporains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?
Parmi ces nouvelles précautions oratoires, celles touchant les couleurs et les ethnies sont passablement fascinantes tant elles enfoncent leurs utilisateurs dans l’absurdité et l’embarras !
(Remarquez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces censeurs insensés et insolents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus personne n’oserait utiliser le terme nègre en société pour désigner un Africain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condescendance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration première (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nouvelle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spécimens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de considérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « personnes de couleur ». Pathétique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des différences, c’est là une très mauvaise stratégie.
Il faudrait au contraire inciter les curiosités, varier les goûts, mélanger les genres, permettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour discrimination ou insulte. Trop compliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui préfèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « humaniste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des aliments, bientôt des convictions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Marseille. Orwell n’est pas loin.
Prévoyons le pire, créons une intelligentsia underground où il sera possible de parler librement de tout et de rien, sans parti pris ni méchanceté gratuite, sans avoir à redouter une assignation en justice pour avoir osé utiliser les mots du dictionnaire ; où il sera possible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offusqués incapables d’un minimum de critique historique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » imaginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes censeurs, d’indiscernables Caucasiens bon teint ; et le tout en dégustant du camembert au lait cru et des chocolats sans matière grasse ajoutée…
18:07
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18.08.2007
VIII. Ce matin, un lapin, a tué un chasseur...
Liminaires :
1) J’ai toujours vécu à la campagne, entouré de forêts, au contact de la nature et en conséquence, de chasseurs. Je sais donc de quoi je parle.
2) Si je devais tuer pour assurer ma survie, que ce soit pour me protéger ou pour manger, je n’hésiterais pas une seconde. Je ne suis adepte d’aucune de ces philosophies ou croyances débiles où l’on voit des individus pétris de sensiblerie réclamer le jugement divin à la seule pensée d’avoir écrasé une mouche par inadvertance. Le mieux étant l’ennemi du bien, ces personnages falots discréditent totalement le discours sérieux qui doit être tenu contre les chasseurs.
Ce qui me choque dans cette activité, plus que sa quasi totale inutilité à notre époque, c’est l’hypocrisie crasse des porteurs de fusils. Ils vous présentent cela comme une passion noble, le respect de traditions et de coutumes, une chose utile pour la préservation de la nature, une activité économique importante… La vérité, outre ce dernier critère, est qu’il s’agit essentiellement d’une affaire de petites bites. Une bande de péteux mous du gland armés de flingues à deux coups qui s’offrent des illusions de virilité en lisière de forêt ou en bord d’étang. Je veux bien respecter ces rares chasseurs « d’Épinal », qui arpentent les forêts en silence, discrets comme des ombres, qui observent, repèrent, éliminent le cas échéant l’un ou l’autre prédateur en surnombre ou « prélèvent » le gibier affaibli. Ceux-là, qui n’existent que dans une proportion négligeable, servent hélas de justification pour tous les autres, les sauvages, les exterminateurs en gros, ceux que j’ai toujours vu ravager la faune et la flore sans autre souci que la gloriole du trophée.
Je peux signaler un petit village où, chaque année, le nobliau local fait élever des milliers de faisans ou de canards, en quasi-liberté sur tout le territoire y compris les parcelles privées et les biens communaux (il faut zigzaguer pour les éviter sur la route, les particuliers doivent les chasser des jardins mais n’osent pas se plaindre – le pot de terre contre le pot de fer, vous connaissez !). Pourquoi une telle profusion ? Pour inviter ses potes, nobliaux, bourgeois et autres m’as-tu vu du même tonneau à d’inénarrables journées de chasse. C’est alors le défilé des 4x4 rutilants, des tenues de camouflages griffées de chez plouc, la sortie des fusils bien graissés par le majordome de service. Le cirque ! Des femmes en toilettes et bijoux accompagnent et parfois même participent, il y a de la testostérone dans l’air. Les manants du coin sont conviés pour la « traque », ils recevront un petit billet, un coup de gnôle et l’illusion d’avoir approché « le grand monde ». Puis la partie commence. Des milliers, oui, des milliers de coups de feu (plusieurs par minute durant des heures !) s’entendent à des kilomètres. Incendie dans une usine de pétards ? Non, partie de chasse ! L’hécatombe est évidemment au rendez-vous, malgré les innombrables coups manqués par ces tireurs du dimanche. Par contre, dans la confusion et l’ignorance, des espèces non visées initialement s’ajoutent au tableau de chasse de ces héros : poulets de ferme, rapaces effrayés, corneilles et petits moineaux, chiens, chats, vaches et touristes égarés. Un jour on interdira aux habitants de ce village de consommer les légumes du jardin tant le sol y sera saturé de plomb.
Quant aux chasses, disons, moins industrielles, pratiquées par ailleurs, elles ne sont pas moins néfastes pour le milieu naturel. Les justifications cynégétiques ne résistent pas aux faits. Il s’agit uniquement d’un sport doublé d’une activité économique lucrative pour certains. Le tout est de savoir si une société qui se dit civilisée et soucieuse de protection de l’environnement peut admettre tous les sports et toutes les activités économiques. J’ai ouï dire qu’on avait interdit le lancer de nains, pour des raisons morales, même si les projectiles humains avaient donné leur assentiment pour participer à ce jeu surréaliste. La culture du cannabis est interdite, et pourtant c’est très lucratif. La chasse ne mérite pas mieux, à l’heure actuelle, que ces deux exemples. Le seul intérêt de cette activité, finalement, c’est la perte accidentelle, et parfois préméditée, de quelques-uns de ses adeptes.
15:34
Écrit par Tonton
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