24/02/2008

XIX. Des fraises et du chien au menu.

Deux infos concomitantes m’hérissent le poil.

 

Ici, certains s’offusquent d’une habitude alimentaire des Chinois consistant à  consommer du chien. Les prochains Jeux olympiques offrent l’occasion de faire pression sur les dirigeants chinois, comme c’est le cas, timidement, pour le respect des droits de l’homme, afin que ceux-ci légifèrent vers une interdiction de cette tradition culinaire. S’il s’agissait d’obtenir que l’animal en question soit élevé proprement et abattu sans souffrances inutiles, j’approuverais des deux mains. Mais pourquoi vouloir leur interdire de consommer du cleb s’ils aiment ça ? Que je sache, le chien n’est pas un animal en voie de disparition. Par ailleurs, nous mangeons bien du lapin, de l’agneau, du veau, du porc, des grenouilles, du poulet, du cheval, du poisson, des cailles, des escargots et une panoplie invraisemblable d’animaux plus ou moins juteux. Foi de quasi-végétarien, je ne comprends d’ailleurs pas ce goût pour la chair animale que je trouve parfaitement fadasse, mais passons. Sous prétexte que nous idolâtrons à outrance nos toutous, il faudrait que l’humanité entière trouve ignoble d’en consommer. Quand on songe qu’il est responsable, à lui seul, de plus de morsures que tous les autres animaux réunis, il n’est que justice que nous le croquions à notre tour. Ils me font pitié, ces pseudo humanistes ramollis, qui voudraient étalonner la valeur de l’humanisme, voire de l’intelligence, autour de normes comportementales édictées du haut de leur prétention à juger autrui sur base de tels critères.

 

Les premières fraises sont arrivées. Déjà ! Cela vaut un spot au journal télévisé, comme un exploit sportif. C’est effectivement une sorte d’exploit de proposer, chez nous, de tels fruits en plein mois de février. Pour quoi faire ? Pour régaler quelques m’as-tu-vu fortunés, prouver un savoir-faire en matière agronomique, arriver avant les autres sur le marché. Afin d’obtenir ces fruits, il a fallu sélectionner des variétés hâtives et résistantes, construire et chauffer des serres, envisager un système de croissance hors sol et des protections phytosanitaires particulières. Au final, on a des fraises en hiver dont on fait croire qu’elles ont du goût. On nous conditionne à trouver cela normal, à avoir envie d’en consommer, d’en réclamer n’importe quand comme s’il s’agissait d’un produit vital. Quand on songe à la quantité d’énergie gaspillée pour obtenir ces fraises hors saison, comme tout le reste d’ailleurs, qui par répercussion affecte la biodiversité, le climat, la qualité de vie en général, la survie de l’humanité au final, on ne peut que leur trouver une amertume certaine. Que les producteurs s’ingénient à créer des trucs et des machins superflus en nous faisant croire qu’ils sont indispensables, c’est de bonne guerre. Mais que le consommateur soit assez con pour se laisser ainsi conditionner, cela me dépasse. Il suffit pourtant de poser un acte simple, ne pas acheter ce qu’il n’est pas normal d’acheter, comme des fraises en hiver, et non plus glorifier ce genre d’exploit, mais au contraire trouver cela stupide et fustiger les cons qui tombent dans le panneau. À choisir, le quasi-végétarien que je suis préfèrerait encore manger Milou en chine qu’une fraise chez nous en hiver.

 

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12/02/2008

XVIII. Clope, impair et manque.

Mesdames et messieurs les fumeurs, ce n’est pas fini ! Vous croyiez peut-être en être quitte avec toutes ces lois antitabac qui, dans un nombre croissant de lieux, vous empêchent désormais d’intoxiquer impunément celles et ceux qui n’ont pas envie de subir votre agression ?

 

Enfin, on respire dans les bureaux, les salles de réunions, les restaurants, les transports en commun, bientôt aussi les bistrots… Vous vous dites sans doute que cela va s’arrêter là, que le législateur doit forcément vous laisser des « espaces de liberté » où vous pourrez continuer à tousser en paix ? Hélas pour vous, tant que vous n’accepterez pas de comprendre que votre fumée est incommodante et que votre incivisme (fumer en présence d’autrui sans demander si cela gêne, sans demander la permission ni même s’excuser est de l’incivisme), vous n’en aurez pas fini avec des lois de plus en plus restrictives.

 

La prochaine loi pourrait ressembler à un gag, mais elle me paraît au contraire une étape fort intéressante avant une interdiction pure et simple de fumer en rue. En effet, depuis l’interdiction de fumer au travail, les employés font de fréquentes escales à l’extérieur pour en griller une. La pause café se délocalise sur les trottoirs, sous les immeubles de bureaux, devant les entrées de magasins. Des litières à mégots agrémentent les entrées d’immeubles comme des bénitiers du vice. Je ne parlerai pas du manque de productivité qu’occasionnent vos absences répétées, en plus de vos performances physiques et intellectuelles amoindries par la drogue, cela ne me concerne pas. Par contre, quelle plaie de se déplacer en ville sur ces trottoirs que vous squattez clopes au bec. Vous êtes devenu de loin la première nuisance olfactive des villes, loin devant les odeurs d’échappement, de transpiration, de grillade suspecte, de crotte de chien, d’urine ou de vomi.

 

Aussi, dans un premier temps, je propose d’appliquer envers les fumeurs le principe du stationnement alterné. Les quinze premiers jours du mois, autorisation de fumer du côté de la rue portant les numéros pairs, les quinze derniers du côté impair… Au moins ainsi, chacun pourra choisir son côté de la rue où marcher sans devoir porter un masque, au propre comme au figuré. Naturellement, ce ne sera qu’un pis-aller avant une interdiction totale de fumer en rue, ce qui règlera aussi le problème des nuisances sur les foires, brocantes et autres manifestations publiques de plein air.

        

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25/12/2007

XVII. Des fêtes, défaites !

La première info du JT fut l’annonce du record de transactions banksys. C’était sans doute ce qu’il y avait eu de plus important ce jour-là ? Des milliers de transactions financières par seconde, félicitations chers consommateurs ! Ce phénomène est d’ailleurs en passe de devenir un challenge récurrent, sorte de téléthon à la gloire du consumérisme le plus primaire.

L’info suivante, censée donner bonne conscience à peu de frais aux acteurs du premier round, concernait des actions de solidarités menées pour soulager quelque peu les démunis, les sans-abris, les exclus, les esseulés et les malades durant cette période de festivités. Une petite larme au passage, ainsi on sait qu’on ne les oublie pas. On ne nous dit pas, évidemment, qu’avec seulement une fraction de ce qui est dépensé en colifichets et en illuminations, ceux-là pourraient bénéficier d’un mieux-être conséquent durant des semaines.

Ensuite, retour à l’info la plus cruciale du jour, la frénésie d’achat. Interview de commerçants, certains encore inquiets, d’autres déjà rassurés, gérant de grandes surfaces, petit commerçant, caissière stressée mais réjouie, préparation des rayons, réassortiment en direct, nettoyage des allées, on s’y croirait, on s’y verrait presque. Tout y passe, du traiteur spécialiste en fruits de mer jusqu’au marchand de paletots pour chien de luxe à sa mémère. Plus tard, on nous explique la tendance de cette année pour la décoration du sapin, cette année ce sont les blancs, l’année dernière c’était le noir, ben oui, faut pas que ça resserve trop vite.

Pauvres sapins ! Cette dévotion annuelle au kitch et au vulgaire rendrait perplexe le plus ouvert des ethnologues. Quant aux illuminations qui, d’année en année, débordent des salons pour envahir façades et jardins, véritables odes au m’as-tu-vu le plus clinquant, c’est à se demander qui sponsorise quoi dans cette affaire.

Non, je ne suis pas un vieux grincheux ! Ce qui m’agace, c’est cet engouement artificiel, cette sorte d’obligation sociale à « faire la fête », cette incitation à acheter, à offrir, à garnir, à consommer, à se comporter selon des codes que beaucoup, au fond de leur âme, n’apprécient pas vraiment. Du moins pas à ce point d’extravagance, ou à ce niveau de dépenses. Trop souvent, l’hypocrisie supplante la bonté dans les cœurs. L’esprit de la fête, ne parlons même pas de celui de Noël, s’est vu détourné par l’Eglise de la consommation.

Mais dans le fond, chacun fait ce qu’il veut ou ce qu’il sait se permettre de faire ! Ce qui ne laisse pas de m’étonner, c’est la faiblesse de toutes ces personnes qui soupirent d’ennui en voyant approcher les dates fatidiques de ces obligations festives, mais qui, par peur de se singulariser, par peur de manquer quelque chose, y participent néanmoins avec la même débauche de moyens et un entier quota d’hypocrisie.

Il manque une date dans le calendrier des innombrables fêtes, anniversaires, commémorations diverses et autres journées de ceci ou cela qui jalonnent notre existence : la fête des rebelles !

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24/12/2007

XVI. Que la lumière fuse !

 

Afin d’économiser l’énergie, nous sommes priés de changer nos vieilles ampoules à incandescence par une nouvelle génération d’ampoules basse énergie ! Leur consommation d’électricité est divisée par cinq, leur durée de vie multipliée par huit, c’est indiqué sur l’emballage et repris dans tous les discours écologiques. Si l’on s’arrête à ces arguments, il semble en effet fort intéressant de changer, à la fois pour notre portefeuille et pour la planète.

 

Mais,… et si cette proposition n’était qu’un leurre ? Une vision rétrécie de la réalité entropique du système où nous pataugeons ?

 

J’aimerais que l’on me prouve, chiffres à l’appui, que l’usage de ces ampoules est réellement plus économique pour la planète, économique globalement s’entend, c'est-à-dire dans le sens où, pour un même résultat obtenu, ici un éclairage utile, la consommation d’énergie globale est, effectivement, moindre qu’avant. Qu’en conséquence, les dégradations imposées au substrat sont diminuées, que l’inéluctable inflation entropique s’en trouve ainsi ralentie.

 

Si l’on se contente d’observer son compteur électrique, sa facture mensuelle, ou même la part d’électricité allouée à l’éclairage produite par une centrale, il est facile de dire que la nouvelle formule permet des économies. Mais globalement ? Quid de tous les paramètres qui ont été évacués de l’équation ? En voici quelques-uns :

 

D’abord, la différence entre la durée de vie des ampoules classiques et les nouvelles est une arnaque productiviste. Il n’aura échappé à personne que les ampoules classiques sont de plus en plus fragiles. Celles qui étaient fabriquées il y a plusieurs décennies avaient une durée de vie autrement plus longue, tandis que celles d’aujourd’hui claquent après quelques mois d’utilisation modérée. C’est voulu, calculé même, l’industrie assure ainsi la reconduction de sa production. De légères améliorations qui n’augmenteraient guère le prix dérisoire de ces ampoules classiques pourraient considérablement allonger leur durée de vie. C’est voulu pour de nombreux d’appareils qui sont, pour ainsi dire, programmés pour claquer après un temps donné, généralement juste après l’expiration de la période de garantie légale. Quant à l’affirmation que les ampoules économiques peuvent fonctionner de 5 à 8 ans (moyenne de 3 h/j), j’ai de très gros doutes. Celles que j’ai placées dans mon bureau et qui fonctionnent de 3 à 4 h/j sont mortes dans les deux ans, sur une installation électrique est parfaitement normale. Peut-être l’ont-elles fait exprès pour me mettre la puce à l’oreille ?  

 

Ensuite, avant de réaliser des économies par rapport aux ampoules classiques, les nouvelles doivent aussi fonctionner… cela va sans dire. Un cinquième du temps ou du nombre de Kw utilisés ne doit donc pas entrer dans le calcul de consommation différentielle. Petite évidence que l’on oublie souvent, une ampoule à incandescence éteinte (parce que l’on prend la peine d’éteindre en sortant), sera toujours plus économique qu’une nouvelle ampoule éteinte.

 

Petit détail, dans les endroits nécessitant une illumination brève mais conséquente (placard, couloir de passage, cave…), les ampoules classiques offrent l’avantage de fournir instantanément l’illumination souhaitée. Si vous devez attendre une minute que l’ampoule économique fournisse un quota de lumen suffisant pour vous permettre de trouver vos chaussettes, elle devient plus gourmande que l’ancienne.

 

Emballage compris, une ampoule économique pèse un peu plus du double (84 gr) qu’une ampoule à incandescence de puissance équivalente (39 gr). Cette simple différence implique l’intégration d’une foule de paramètres connexes qu’il convient absolument d’intégrer dans le calcul global des économies que ces nouvelles ampoules sont censées réaliser.

 

Cela signifie qu’il faut plus de matière pour réaliser ces nouvelles ampoules. Autrement dit, plus d’énergie pour extraire et transporter les matières premières, transformer, élaborer, façonner ce nouveau produit, pour le transporter des usines aux distributeurs, des magasins jusqu’aux lieux d’utilisation. Il est probable, mais je n’en suis pas sûr, que la complexité supérieure des nouvelles ampoules implique une consommation d’énergie supplémentaire, non proportionnelle à la simple notion de masse, lors du façonnage du produit. Enfin, le recyclage du produit implique lui aussi, selon ces mêmes règles, l’utilisation de plus d’énergie que pour le recyclage des ampoules traditionnelles. À cela, l’on pourrait également ajouter le coût de la recherche, de l’ingénierie, de l’élaboration des nouveaux outils, chaînes de montage, robots, formations diverses, publicité, réseaux de distribution… pour le produit de remplacement.

 

Dans un calcul global, il convient donc d’intégrer le cumul de toutes ces dépenses, pour obtenir un prix de revient réel du produit et surtout, plus important, de pouvoir quantifier son rendement réel, soit la proportion d’énergie réellement dépensée pour un service donné équivalent au produit qu’il remplace. Il serait trop simpliste de régler le problème de cette équation globale en disant, comme sont tentés de le faire certains économistes et producteurs, que le coût de revient réel est celui calculé à la sortie des usines, avant l’ajustement des marges bénéficiaires de tous les intervenants. Ce serait oublier hypocritement que le producteur principal (la nature, le substrat, mais aussi le système où nous sommes inclus et donc tous partiellement actionnaires !) n’est jamais payé, ou plutôt dédommagé du préjudice énergétique d’exploitation imposé par l’élan productiviste.

 

À ce stade, je ne suis pas vraiment convaincu que ces nouvelles ampoules constituent une économie d’énergie, au niveau global, par rapport aux précédentes. J’espère que des mathématiciens plus compétents que moi pourront, chiffres à l’appui, me démontrer le contraire.

 

Ensuite, toujours dans un souci d’optimisation du rendement (de tous les types d’ampoules), d’autres paramètres sont encore à intégrer dans ces équations permettant de calculer la consommation énergétique réelle de chaque produit. Car plus le rendement de chaque produit est optimisé, moins la différence entre ancien et nouveau devient pertinente puisque la consommation globale chute de part et d’autre.

 

Ici il y a des tas de recettes, de la conception à l’aménagement plus intelligent des bâtiments jusqu’au civisme individuel. Puits de lumière naturelle, revêtements clairs, réflexe de couper les interrupteurs en quittant un local, dispositifs automatiques pour adapter la puissance de l’éclairage à la présence humaine (notez que les nouvelles ampoules n’aiment pas trop les rhéostats !), et tout ce qu’il est possible d’imaginer pour moins consommer. Un usage justement adapté de l’éclairage et non plus le déversement incontrôlé de lumen que nous pratiquons, permettrait à lui seul d’obtenir de sérieuses économies.

 

Autre aspect du problème, l’origine de l’énergie utilisée. S’il devient crucial de réaliser des économies d’énergie, c’est essentiellement dû à la façon dont nous la produisons, qui est onéreuse et néfaste pour notre environnement (épuisement des ressources fossiles, impact négatif sur l’écosystème, d’où coût exponentiel…). Une cellule survit parce qu’elle reçoit son énergie de l’extérieur. Si elle épuise ses réserves propres, elle meurt et se désagrège. La terre est un système du même ordre, elle reçoit des énergies considérables (essentiellement solaire,…) qu’elle transforme et stocke de différentes manières (écosystème, ressources fossiles, vents et marées,…). Or, nous mettons en péril l’équilibre naturel en dégradant trop vite un système qui peine d’autant plus à se régénérer. La solution évidente, c’est d’utiliser des énergies dites renouvelables dont la transformation en électricité est quasi indolore pour l’équilibre des forces en jeux. Quasi, car il faut quand même bien construire des panneaux solaires, des cellules photovoltaïques, des éoliennes, des centrales marée-motrice, des instruments de transports, etc. Mais globalement cette option est d’un rendement infiniment plus intéressant que de brûler du pétrole ou du charbon. Dans l’éventualité où une énergie abondante et peu coûteuse nous serait proposée via ces procédés écologiques, ce qui n’est nullement une utopie mais question de volonté d’organisation, l’usage des ampoules dites économiques serait encore moins intéressant par rapport aux ampoules classiques. La différence entre les deux produits ne semble pas assez significative pour justifier le changement, contrairement au système Led qui, lui, promet d’emblée un bien plus grand bénéfice de consommation.

 

Notez que ce genre de raisonnement tenant compte de la globalité du système devrait être appliqué chaque fois que nous envisageons de produire quelque chose, ou de remplacer un mode de production par un autre. Ainsi, autre débat actuel, cultiver des plantes pour produire du « carburant vert » servant à alimenter des moteurs thermiques au rendement ridicule me semble une hérésie du même ordre.

  

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16/12/2007

XV. Fracture numérique et anesthésie intellectuelle

L’une des dernières croisades en date de nos décideurs est la « réduction de la fracture numérique ». Jolie formule.

 

À cette fin, des accords ont été passés entre les Communes, les CPAS, des fournisseurs d’accès internet, certains fabricants et des revendeurs de matériels, et quelques ONG s’occupant du reconditionnement de matériel informatique d’occasion. L’idée est certainement louable. Création de centres cybermédia accessibles gratuitement, initiation à l’utilisation de ces nouvelles technologies, possibilité de s’équiper chez soi à petit prix. On songe immédiatement aux avantages : ouverture intellectuelle sur le monde (internet…), possibilité d’améliorer sa situation personnelle (diffusion de CV, apprentissage, formation continue, diversification, contacts facilités…), solution contre l’isolement croissant ( ?), aspect ludique,…

 

J’imagine que cela fonctionne dans une certaine mesure et que d’aucuns trouvent, par ce biais, des avantages dont ils auraient été exclus autrement. Tant mieux. Mais je sais aussi, parce que je suis un rouage de la machinerie qui permet l’existence de ce projet, que dans beaucoup de cas ce n’est qu’une sucette anesthésiante de plus ! Je reçois tous les jours en consultation ces nouveaux esclaves numériques, l’œil fatigué, PC sous le bras, pleurant que plus rien ne va avec cette satanée machine et cette p… de connexion internet. La plupart du temps, parce qu’ils ont leur fierté, ils ne sont pas venus avant d’avoir bidouillé eux-mêmes dans les entrailles du système ou passé le relais au cousin/voisin « qui s’y connaît en informatique ». Ils sont aussi persuadés, à ce stade de leur déroute, que le problème ne peut venir que du matériel. C’est d’ailleurs la solution qu’on leur vend le plus souvent, du cousin/voisin impuissant aux hot lines surchargées. Le cendrier est plein, donc il faut changer la voiture ! Je reste zen. Un mot est placardé au-dessus de ma table de travail « 99% des problèmes informatiques sont situés entre le clavier et la chaise ». Je passe sur la vulgarisation des explications qu’il me faut débiter pour poser mon diagnostic, cela mériterait une anthologie d’humour et de surréalisme. Mais non, le disque dur ne s’est pas dégonflé et les barrettes n’ont pas fondu !

 

Le bel outil au potentiel extraordinaire s’est donc transformé, au fil des semaines, en une bête immonde, responsable d’argent perdu, de temps gaspillé, de tracas divers et variés. En plus, la bête est malade et on me demande de la guérir au plus vite car on s’y est attaché ! Consciencieux, j’applique mon traitement, souvent le même d’ailleurs : vermifuge, purge et coup de polish. J’explique, je rassure, je ressuscite les inestimables données que l’on croyait perdues à jamais. Bientôt, la bête ronronne de plaisir et bondit sur internet au quart de tour. Je suis un magicien ! Mon client est content, ce soir Tchantchet va pouvoir tchatter avec Nanette, Bobonne surfer sur Meetic et Raymond se télécharger la dernière vidéo de Paula-X. Dans deux mois, il reviendra pour que je lui retape sa machine victime d’une indigestion de conneries.

 

S’il est vrai qu’une fracture existe au niveau de l’accès à l’informatique et à l’internet, en raison du marasme socioéconomique ambiant, il est tout aussi vrai qu’une réduction forcée de celle-ci ne réglera pas l’éternel problème de la connerie humaine. Quand l’éducation et l’instruction n’ont pas fait leur travail, lorsque les compétences individuelles sont ce qu’elles sont, placer de tels outils entre les mains de ces personnes revient à placer une machine à écrire entre les pattes d’un singe en espérant qu’il va réécrire Les Misérables. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas inviter ces personnes à apprendre à se servir de l’informatique (pour le plus noble ou le plus vil usage, peu importe d’ailleurs), mais cette incitation encouragée par les autorités politiques n’est ni plus ni moins qu’une anesthésie intellectuelle de plus, doublée d’une nouvelle contrainte économique superflue.

 

Plus les individus seront engourdis, et pour ceux-là l’ordinateur n’est qu’une extension de tout ce qui fut et est débilitant (de la messe du dimanche aux programmes télé les plus stupides en passant par la CB des années 70 et les magazines people…), plus ils se comporteront en consommateurs dociles. Il y a cet éternel équilibre de précarité à préserver pour que les meneurs puissent continuer à mener grand train sur le dos d’une plèbe exploitée et manipulée de toutes les façons.

   

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20/11/2007

XIV. Les sashimis de la honte.

C’est décidé, ils recommencent ! Les baleiniers japonais affûtent leurs harpons, les préparateurs de sashimis aiguisent leurs couteaux et l’industrie du cosmétique soupire d’aise à l’idée de ses prochains bénéfices.

 

Pardon, il paraît qu’il ne s’agit pas d’une pêche commerciale, mais scientifique ! Un millier de cétacés seront ainsi « prélevés » dans l’antarctique, y compris au sein de deux espèces menacées. Par exemple, il est déjà prévu d’harponner 50 spécimens de baleines à bosse qui, avant d’être revendus aux industriels (pourquoi perdre la marchandise quand on peut joindre le bénéfice au bénéfice ?), seront minutieusement examinés par le savancosinus de service. Nul doute que la science s’en trouvera enrichie de données primordiales et nécessaires à la survie de l’humanité ! Quelle sorte de recherches scientifiques a besoin d’un tel carnage ? Personne n’est dupe, évidemment, et pourtant les japonais osent toujours avancer cette hypocrite justification.

 

La vérité ? Satisfaire une gourmandise, une tradition gastronomique (pas un besoin vital, mais juste un plaisir éphémère) ; fournir une matière première jadis utile en cosmétologie mais pouvant être avantageusement remplacée de nos jours ; apaiser temporairement l’industrie de la pêche ; nourrir quelques chiens et chats ; et bien sûr fournir d’inestimables informations scientifiques. Pourquoi pas pour alimenter les lampes à huile de quelques nostalgiques ?

 

Bien sûr des opposants se font entendre depuis l’étranger et même, une fois n’est pas coutume, au sein même de la société japonaise. Des politiciens font le gros doigt de loin, des associations de protections de l’environnement réclament la reconduction du moratoire. Quant à Greenpeace, il promet de placer son navire Esperanza sur la route des baleiniers et de tout tenter pour les forcer à rentrer au port. J’aimerais croire que les méthodes faussement musclées de ce groupement puissent influer sérieusement sur des décisions politico-financières. Placer des banderoles, s’attacher aux grilles de centrales nucléaires, se mettre entre la baleine et le harpon avec des caméras, c’est du « peace and love » médiatique.

 

A cela je préfère de loin les méthodes de Paul Watson (ex-fondateur de Greenpeace considéré comme un « écoterroriste », alors que les véritables écoterroristes sont évidemment ceux qui pillent et saccagent l’environnement, étrange inversion des étiquettes qui en dit long sur la manipulation des consciences !) Les tactiques de Watson incluent s’il le faut l'éperonnage (9 baleinières envoyées par le fond, équipages sauvés) et le sabordage (2 navires coulés dans un port islandais). Bravo ! Le jour où Greenpeace louera les services de mercenaires pour détruire les outils des pollueurs et destructeurs de la planète, je leur verserai ma contribution.

 

Messieurs les japonais, vous qui en d’autres temps placiez l’honneur au sommet de vos préoccupations morales, j’espère que la honte vous étouffera à votre prochaine bouchée de sashimi.

  

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11/11/2007

XIII. Extinction annoncée d'une communauté.

Six millions de Flamands vont disparaître. Je ne parle pas des flamants roses, ces élégants volatils africo-camarguais, mais des habitants de la région nord de la Belgique. Pour une fois dans l’histoire, ce génocide annoncé ne sera pas le fait d’une invasion barbare, mais de conditions naturelles d’une part et sociopolitiques internes d’autre part. Ce peuple au demeurant fort sympathique lorsqu’il n’est pas manipulé par des idéologues bas du front, ne se doute pas encore de ce qui l’attend.

 

Ce qu’ils revendiquent comme étant de l’autonomie, de l’indépendance (territoriale, économique, politique et linguistique), se traduit essentiellement par un repli sur soi, sorte de protectionniste idéologique stupide et mesquin qui rebute (ou qui exclut) non seulement les francophones du même pays, mais le monde entier. La coloration politique de plus en plus radicale de cette région est le catalyseur de cet isolement. Or, cette région n’aura de dimensions internationales, et donc de pertinence économique, que si elle s’ouvre à une langue réellement véhiculaire, vu le contexte, l’anglais et le français. Le « néerlandais » causé en Flandre est une langue moribonde, patchwork de dialectes locaux, un peu comme le wallon au sud du pays. Dès qu’ils auront acquis leur chère autonomie, l’on parlera bientôt de la Flandre comme d’une nouvelle Albanie.

 

Bien sûr, dans un premier temps, ils ne croiront jamais que cela puisse arriver. Forts de leur réussite économique actuelle (justifiée), mais artificiellement convaincus de l’importance de leurs spécificités, notamment linguistiques ( ?), ils peuvent s’imaginer un avenir prospère. Youp la boum ! Euphorie classique avant la gueule de bois. S’il y a une chose que l’histoire ne supporte pas, c’est la mesquinerie. En l’absence de « grande pointure » (dictateur ou humaniste), ou de « grand projet » (invasion guerrière ou attrait local irrésistible) et rien de tout cela n’existe en Flandre, ce genre d’attitude ne provoque qu’isolement et disparition sans éclat.  

 

Un seul exemple parmi des centaines de cette mesquinerie : des conducteurs d’autobus ont reçu des amendes parce qu’ils avaient omis, sur le territoire flamand, d’enlever les annonces en français défilant sur leur véhicule, annonces qui selon la Loi ne peuvent être placées (en bilingue), que lorsque le véhicule roule dans une commune dite « à facilités », c'est-à-dire où la population majoritairement francophone sur un sol flamand a encore droit à ce traitement de faveur ! Il y a donc eu des politiciens pour décider de telles lois, et la machinerie judiciaire, policière et administrative pour suivre le mouvement, plus une population pour applaudir à cela. Quand on est capable de perdre son temps dans une telle application du ridicule, alors que des choses autrement plus graves réclament l’attention de tous, c’est un signe évident de déclin.

 

Géopolitique-fiction : La Belgique a cessé d’exister, au nord une Flandre indépendante, au sud une Wallonie en passe d’être rattachée à la France. Engoncé en territoire flamand, Bruxelles est devenu une sorte de Washington DC toujours relié à la Wallonie par un couloir autoroutier, quelques voies ferroviaires et voiries secondaires. Des murs ont été construits par les Flamands pour bien séparer tout cela. Des points de passages (checkpoint Charlie comme à Berlin durant la guerre froide), verrouillent les accès par où pourraient se mêler librement les populations désormais antagonistes. Des divorces avec séparations de corps et de biens ont été imposés par l’état flamand, aussi bien dans les institutions que dans les couples. On a vu des minorités harcelées, des déportations, des expulsions. On a échappé de peu, grâce à la pression internationale, au projet flamand de modifier l’écartement des voies de chemin de fer entre la Flandre et ses voisins. Il paraît que l’essor culturel et artistique de la Flandre, intra-muros, est remarquable, mais ce ne sont que des bruits, de bottes essentiellement. Ce qui est sûr, réchauffement climatique oblige, c’est que le niveau de la mer du Nord ne cesse de monter. 


 

 

Zes miljoen Vlamingen zullen verdwijnen. Ik heb het niet over de flamingo’s, (cfr Franstalige woordspeling) die elegante afrikaans-camargische vogels, maar wel over de bewoners van het noorden van België. Uitzonderlijk in de geschiedenis der volkeren, zal deze vooropgestelde uitroeiing niet te wijten zijn aan een inval van de barbaren, maar zal enerzijds voortspruiten uit de natuurlijke omstandigheden, en anderzijds uit de inwendige socio-politieke toestand. Dit volk, uiteraard zeer sympathiek zolang het niet wordt gemanipuleerd door de laag bij de grondse ideologen, beseft helemaal nog niet wat hen te wachten staat.

  

Wat ze willen bereiken als onafhankelijkheid, in de zelfstandigheid (van grondgebied, van economie, politiek en taal) is een terugkeer op zichzelf, een soort idiote en kleingeestige ideologische zelfbescherming, die niet alleen de Franstaligen van het land afkeer inboezemt, maar door heel de wereld aan de kaak wordt gesteld. De als maar grotere politieke radicalisering van dit gebied werkt als een katalysator van de afscheiding en de vereenzaming. Nochtans kan dit gewest pas internationale afmetingen verkrijgen, en dus ook economisch aanvaardbaar zijn, voor zover het zich open stelt aan een meer algemeen gebruikte taal zoals het Engels of het Frans.  Het “Nederlands » zoals het in Vlaanderen wordt gesproken is een ten dode gedoemde taal, een soort patchwork van lokale streektalen, net zoals het Waals in het zuiden van het land. Van zodra ze hun dierbare onafhankelijkheid zullen hebben bereikt, zal men over Vlaanderen spreken net als over het nieuwe Albanië.

In het begin zullen ze natuurlijk nooit zelf durven geloven aan wat er gaande is. Zich sterk voelend in hun hedendaagse economische vooruitgang (gerechtvaardigd) maar tezelfdertijd onnatuurlijk overtuigd van hun persoonlijke eigenschappen, zoals hun taal (?), kunnen ze niet anders dan zich een voorspoedige toekomst inbeelden. Yoep la boem ! Dat is het klassieke vreugdegevoel voordat de roes voorbij gaat. Er is nochtans iets wat de geschiedenis der volken niet verdraagt: de kleingeestigheid.  Als men niet beschikt over “de grote maat”  (als dictator of als humanist), of een « groot project » (oorlogsaanval of lokale onweerstaanbare aantrek) – en hiervan is geen spoor te merken in Vlaanderen – dan wordt een volk bedreigd door vereenzaming en verdwijning zonder een schijn van glorie.  

 

Een klein voorbeeld van de kleingeestigheid tussen de vele voorbeelden  van de kleingeestigheid in Vlaanderen : busbestuurders kregen boetestraffen omdat ze vergeten waren, op het Vlaamse grondgebied, de tweetalige richtingsaanduidingen te veranderen in ééntalige Vlaamse. Omdat, volgens de Wet, tweetalige borden alleen in faciliteitsgemeentes mogen worden gelezen : dit wil zeggen dat in de gemeentes met een meerderheid van Franstaligen de mensen het recht hebben om tweetalige borden te zien : wat een pracht van « toegeving » aan de Franstaligen !  Er zijn dus politiekers te vinden om zulk soort  van Wetten te beslissen, en een gerechtelijke, politie- en administratieve machinerie om hen te volgen, zowel als een bevolking om in de handen te klappen van blijdschap.  Als een volk bekwaam is om zijn tijd te verspillen in het toepassen van zulke belachelijke maatregelen, daar waar meer dringende problemen ieders aandacht opeisen, dat is een duidelijk teken van « ondergang ».  

  

Geopolitieke fictie : België bestaart niet meer, in het noorden vindt men een onafhankelijk Vlaanderen, in het zuiden een Waals gebied dat zijn aanhechting aan Frankrijk verwacht. Ingesloten in het Vlaamse grondgebied is het Brussels gewest een soort Washington DC geworden, nog slechts aan het Waalse gebied bevestigd door een autostrade « gang », enkele spoorlijnen en een paar lokale wegen. De Vlamingen hebben een muur opgericht om alles goed te scheiden. Er zijn enkele doorgangspunten (checkpoint Charlie zoals in Berlijn tijdens de koude oorlog), maar de toegang is op slot opdat de tegenstrijdige bevolkingen geen vrije doorloop meer zouden hebben.  De echtscheidingen en scheidingen van tafel en bed zijn door de Vlaamse Staat gevorderd, zowel in de gezinnen als in de instellingen. Minderheden worden vervolgd of uitgewezen. Het scheelde geen haar, dank zij de internationale druk, of de afstand tussen de beide liggers van de spoorlijnen werd gewijzigd tussen Vlaanderen en de omliggende gebieden. Naar het schijnt is de artistieke en culturele Vlaamse vooruitgang, intra-muros- buitengewoon, maar het gaat alleen om geroezemoes, zoiets als het geluid van soldatenbotten op het asfalt. Wat wel zeker is, is de klimaatopwarming, en die het peil van het zeewater langzaam maar zeker doet stijgen.

 

 

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23/10/2007

XII. Une angoisse entre réalité et fiction.

 

La discussion s’étirait sur les films d’horreur, de suspens ou d’action qui nous avaient le plus marqués. Un ami évoqua un vieux frankeinstroumph vu en cachette alors qu’il était gamin, qui lui avait filé une sacrée colique. Un autre parla de je ne sais quel film de guerre sanguinolent au réalisme percutant, frissons garantis. Quand vint mon tour, j’eus tout d’abord un peu de mal à retrouver ce qui, cinématographiquement parlant, avait pu imprimer en moi le plus puissant sentiment de frayeur ou de dégoût. Il est vrai que j’ai toujours préféré les films pouvant me procurer de l’émerveillement, du Magicien d’Oz aux dernières aventures de Star Trek. Dans les films plus violents ou plus gores, mon émerveillement se porte sur les effets spéciaux au détriment de l’émotion pure. Évidemment, la scène de la douche dans « Psychose » avait produit son petit effet, mais ce n’était rien à côté du souvenir qui se fit bientôt évidence. Quelques scènes de « Contact », film de Zemeckis d’après le roman de Sagan (Carl !), représentent pour moi le summum de l’angoisse.

 

J’imagine que cela paraîtra bien puéril à certains, mais on a les angoisses qu’on peut. Dans ce film où il est question d’établir un contact avec une intelligence non humaine, se pose le choix de la personne, de l’ambassadeur terrien, qui pourra embarquer dans l’étrange machine permettant ce fameux contact. Jodie Foster, la scientifique, semble naturellement désignée pour cette mission, mais un intrigant convoite ce rôle. Un collège de sages ( ?) est alors chargé de désigner le meilleur candidat. Politique, intérêts financiers et croyances sont alors mis en balance avec l’aspect purement scientifique. L’intrigant s’achète vite une licence de bon croyant en dieu et rafle l’approbation des juges. La belle Jodie Foster, scientifique avant tout, athée par honnêteté intellectuelle ou tout simplement par bonne santé mentale, est reléguée sur le banc de touche.

 

Je n’ai jamais rien connu de plus angoissant au cinéma ! Pris par le film, tellement investi dans ce qui pour moi devait être la plus exaltante mission de l’humanité, établir un contact avec une intelligence extraterrestre, me voici abattu par ce coup de Jarnac fruit de l’éternelle connerie humaine. La mission va échouer parce que, c’est inévitable, si l’ambassadeur vient à évoquer ses croyances en quoi que ce soit de divin, il va se faire éjecter, comme un sot qu’il est, de la nouvelle confrérie intergalactique. Et avec lui, puisqu’il est sensé nous représenter, toute notre planète. Adieu le Grand Contact, fermées les portes des classes supérieures, enlisement dans notre bêtise pour encore des siècles et des siècles.

 

D’accord, je suis dur avec les croyants. Pour moi la foi est le fait d’une déficience en lucidité et en curiosité. Certes, je reconnais qu’il en est de bien braves, de bien gentils, de bien sympathiques (pour racheter tous les autres, grands hypocrites et fous dangereux). Il en est même de bien plus intelligents que moi, ce qui ne laisse pas de me poser question sur le rapport entre la raison, l’intelligence et la santé mentale, mais c’est un autre débat.

 

Dans le film, heureusement, tout finit bien. La raison triomphe, l’honneur est sauf. Je me demande combien de rendez-vous avec l’histoire nous avons et allons encore manquer à cause de ce genre d’aveuglement. Parce que dans la réalité, la sottise triomphe presque toujours. Je ne parle pas de contact avec d’hypothétiques aliens, mais simplement d’opportunités de construire des sociétés moins abruties de croyances stériles.

 

14:49 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

XI. Saturation et corrida.

 

Un sentiment d’angoisse m’étreint. Moi, d’habitude si prompt à m’indigner pour un oui ou un non, voici que plus rien ne semble m’atteindre. Tout serait-il subitement devenu pour un mieux dans le meilleur des mondes ? Ni aurait-il plus de conflits en cours, de famines annoncées, de destructions et de pollutions effrayantes, de chiens écrasés, de politiciens stupides, d’émissions consternantes ou, pour résumer de façon lapidaire, de connerie humaine sur cette planète ? Un miracle, pendant que je dormais, et l’utopie serait devenue réalité. Moi-même, aurais-je été touché à mon insu, infecté d’une quelconque illusion psychique qui me ferait béatement admirer un monde en putréfaction ? Hélas, rien n’a changé, tout se déglingue toujours en suivant l’inexorable courbe d’une entropie que refusent de voir, de comprendre, ou même d’admettre, les milliards de fourmis gesticulant à la surface du monde.

 

Le problème est en moi, plus rien ne me touche. Les nouvelles sont toujours aussi débilitantes. Ici, on transforme des céréales pour alimenter nos moteurs, ailleurs des êtres humains meurent de faim, soit. Regrettables, ces massacres de populations, mais il faut bien que tournent les industries, vive le commerce. Un con éméché tape du poing dans un Monnet, banal. Un type abat des gens en rue, coup de folie, racisme primaire et faits-divers. La routine, en somme. Non, décidément, plus rien ne m’émeut. Empathie zéro. Compassion nulle. Même pas de l’égoïsme exacerbé, mais du vide à ne plus savoir où le mettre. Je crois que c’est cela, la fusion parfaite entre l’amour et la haine : du vide infini. La compréhension, même très fragmentaire, du merveilleux et complexe univers, s’oppose en force égale à la vision des exactions et des conneries humaines. Résultat : anesthésie émotionnelle générale.

 

Autour de moi, de nombreux individus semblent frappés du même mal. Il y en a tant que cela s’appelle, d’ailleurs, la normalité. Je m’étais toujours enorgueilli de me sentir une lucidité suffisante pour, au moins en pensée, m’extraire de toute idéologie consensuelle. Où donc est passée ma capacité à m’indigner ? Je regarde dans ma culotte à la recherche d’une quelconque saillie. Décidément, rien ne va plus. Et si c’était cela le but du jeu ? Nous rendre impuissants en nous faisant croire que, de toute façon, nous le sommes, ou que nous le serons si nous osons nous rebeller. Historiquement, les moyens d’arriver à ce résultat furent la répression armée, l’entretien de la terreur, les endoctrinements religieux, philosophiques ou idéologiques divers, l’hypnotisme politique, plus récemment le gavage consumériste et, je viens de le constater la saturation médiatique et émotionnelle. Trop d’émotion tue l’émotion, le bilan du dernier massacre à autant d’importance qu’un banal résultat sportif. Dormez en paix, braves gens, d’autres veillent à votre place, et à votre réveil tout ira mieux.

 

Il est donc temps que je me reprenne. J’ai une potion magique personnelle qui tient en peu de mot sur un petit carton. Chacun devrait avoir sa potion magique personnelle, la photo des enfants, un chat qui sourit, un beau diplôme, que sais-je ? L’effet est rapide. Pour me remettre en jambe, je vais commencer par un truc facile, tarte à la crème même, la corrida. Comment est-il possible, à notre époque, que l’on puisse encore tolérer une telle ignominie…

   

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21/09/2007

X. De la futilité.

Étendu à rien foutre devant la télé, zapette en main, voilà que je tombe sur une émission dont le concept est de transformer la bagnole pourrie d’un brave gars en un engin rutilant pourvu de gadgets électroniques à vous couper le sifflet. Pensée sombre, au passage, pour ma vieille Volvo qui aurait bien besoin d’un lavage et de nouveaux pneus. La liste des transformations est impressionnante, une sono de dix milles démons dans le coffre, des écrans partout, une machine à café intégrée au tableau de bord, un lustre (oui, un lustre !) en guise de plafonnier, trente-six bidules et machins plus tape-à-l’œil qu’indispensables, peinture personnalisée, tuning agressif… D’une certaine manière, c’est beau. Ce n’est plus une voiture c’est… je ne sais pas ce que c’est, mais ce truc ne devrait même plus rouler. Le proprio est content, les artistes sont fiers, les sponsors de l’émission se frottent les mains. Et moi j’ai comme une envie de vomir.

Je me rends compte que je viens de passer plusieurs minutes, subjugué par cette affaire, et j’ai honte pour ce temps perdu. Quitte à ne rien faire devant la télé, il y avait sûrement des choses plus intéressantes à regarder. Je zappe furieusement et, comme un fait exprès, il n’y a que des conneries sur toutes les chaînes. D’accord, ce que j’estime être des conneries est peut-être d’un intérêt capital pour d’autres et réciproquement, mais je suis sûr que vous me comprenez, n’est-ce pas ?

Bien qu’engourdi, j’essaye de réfléchir. Ce genre d’émission va inciter de nombreuses personnes à « tuner » leur caisse et cela participe au développement d’une certaine économie. La nausée me revient : une économie de la futilité dont, je n’en doute pas, d’habiles prêcheurs pourront néanmoins justifier de l’utilité fondamentale pour l’équilibre et la bonne santé de la société. On connaît ce discours et ses raccourcis fumeux. En voici un autre : une sono de 1000 Watts et trois néons dans le coffre d’une voiture peuvent permettre, par le jeu de mystérieux leviers économiques, à des traîne-misère de Bangalore de manger à leur faim.

Un vertige me saisit, tant de choses futiles sur l’étal de la culture et de la consommation alors que l’on devrait s’atteler prioritairement à sauver le monde. Je ne suis pas contre le fait de s’amuser et de se faire plaisir de temps en temps, loin de là, mais le mode de vie qui nous est proposé me fait penser au panem et circenses des romains dont l’empire s’effondrait dans l’indifférence des jouisseurs. D’abord cette émission, son concept et ses résultats concrets ; puis des milliers d’idiots qui comme moi l’on regardée ; des centaines qui en seront influencés ; un idiot tout seul qui trouve le moyen d’en faire un article pour ce blog ; ce blog lui-même si on va par là et ses lecteurs car je ne vous oublie pas. Et ce n’est là qu’un épiphénomène insignifiant dans la manne des futilités où nous nous enlisons journellement alors que la situation planétaire est des plus préoccupante. Je cherche rapidement ce qui, à mes yeux, pourrait symboliser à l’heure actuelle le comble de la futilité, et je pense à Paris Hilton. Je viens de me faire parishiltoniser par une émission débile.

Qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne peux pas interdire ce que j’estime inutile et dommageable, ni remodeler la société à ma guise. Je peux au moins dire ce que je pense et inciter d’aucuns à penser et agir avec plus de circonspection. Mais il reste que j’ai le sentiment d’avoir participé, par mon inertie en regardant cette émission, à accroître le déficit moral de l’humanité. Comment puis-je transformer ce moment d’égarement ?

Une autre information croise alors ma réflexion. Un fait divers. Des bagarres éclatent dans un lycée américain parce que des noirs, en septembre 2007 n’est-ce pas, souhaitent eux aussi profiter de l’ombre d’un arbre, ombre traditionnellement réservée aux blancs. On croit rêver. Mais non, il y a des images. Dont une me révolte plus que les gueules cassées. Plutôt que de privilégier le dialogue ou même d’imposer un règlement non discriminatoire, les « responsables » ont abattu l’arbre. Ben oui, il n’avait qu’à pas être là à dispenser bêtement son ombre généreuse. Soit, je sais ce que je vais faire, planter deux arbres. Et vous ?

18:14 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

03/09/2007

IX. Botus et mouche cousue

Souvenez-vous, cela a commencé avec ce brave et méritant balayeur de rue… Un jour, las de se voir déconsidéré par une société estimant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une revalorisation de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un changement de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la serpillière chez Madame et briquait les bureaux de Monsieur la nuit, devint une « technicienne de surfaces ». Dans la foulée, le pompiste du coin se transforma en « adjoint à la distribution des produits pétroliers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la transmission des communications écrites ». Que de belles promotions grâce auxquelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux considérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !

 

Depuis, la situation n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en particulier, s’est insinuée au travers du langage jusqu’à contaminer les domaines les plus subalternes, les plus insensés des préoccupations humaines. Cette censure implicite pollue des expressions qui jusque-là apparaissaient claires, immédiatement compréhensibles, souvent belles ou judicieusement imagées, et toujours respectueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes respectueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.

 

Faut-il le rappeler, un con restera toujours un con, peu importe ses capacités d’élocution. D’ailleurs, il est immédiatement perceptible que le fait de traiter avec condescendance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condescendance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contemporains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?

 

Parmi ces nouvelles précautions oratoires, celles touchant les couleurs et les ethnies sont passablement fascinantes tant elles enfoncent leurs utilisateurs dans l’absurdité et l’embarras !

(Remarquez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces censeurs insensés et insolents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus personne n’oserait utiliser le terme nègre en société pour désigner un Africain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condescendance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration première (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nouvelle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spécimens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de considérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « personnes de couleur ». Pathétique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des différences, c’est là une très mauvaise stratégie.

 

Il faudrait au contraire inciter les curiosités, varier les goûts, mélanger les genres, permettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour discrimination ou insulte. Trop compliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui préfèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « humaniste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des aliments, bientôt des convictions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Marseille. Orwell n’est pas loin.  

 

Prévoyons le pire, créons une intelligentsia underground où il sera possible de parler librement de tout et de rien, sans parti pris ni méchanceté gratuite, sans avoir à redouter une assignation en justice pour avoir osé utiliser les mots du dictionnaire ; où il sera possible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offusqués incapables d’un minimum de critique historique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » imaginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes censeurs, d’indiscernables Caucasiens bon teint ; et le tout en dégustant du camembert au lait cru et des chocolats sans matière grasse ajoutée…

 

18:07 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

18/08/2007

VIII. Ce matin, un lapin, a tué un chasseur...

Liminaires :

1) J’ai toujours vécu à la campagne, entouré de forêts, au contact de la nature et en conséquence, de chasseurs. Je sais donc de quoi je parle.

2) Si je devais tuer pour assurer ma survie, que ce soit pour me protéger ou pour manger, je n’hésiterais pas une seconde. Je ne suis adepte d’aucune de ces philosophies ou croyances débiles où l’on voit des individus pétris de sensiblerie réclamer le jugement divin à la seule pensée d’avoir écrasé une mouche par inadvertance. Le mieux étant l’ennemi du bien, ces personnages falots discréditent totalement le discours sérieux qui doit être tenu contre les chasseurs.

 

Ce qui me choque dans cette activité, plus que sa quasi totale inutilité à notre époque, c’est l’hypocrisie crasse des porteurs de fusils. Ils vous présentent cela comme une passion noble, le respect de traditions et de coutumes, une chose utile pour la préservation de la nature, une activité économique importante… La vérité, outre ce dernier critère, est qu’il s’agit essentiellement d’une affaire de petites bites. Une bande de péteux mous du gland armés de flingues à deux coups qui s’offrent des illusions de virilité en lisière de forêt ou en bord d’étang. Je veux bien respecter ces rares chasseurs « d’Épinal », qui arpentent les forêts en silence, discrets comme des ombres, qui observent, repèrent, éliminent le cas échéant l’un ou l’autre prédateur en surnombre ou « prélèvent » le gibier affaibli. Ceux-là, qui n’existent que dans une proportion négligeable, servent hélas de justification pour tous les autres, les sauvages, les exterminateurs en gros, ceux que j’ai toujours vu ravager la faune et la flore sans autre souci que la gloriole du trophée.     

 

Je peux signaler un petit village où, chaque année, le nobliau local fait élever des milliers de faisans ou de canards, en quasi-liberté sur tout le territoire y compris les parcelles privées et les biens communaux (il faut zigzaguer pour les éviter sur la route, les particuliers doivent les chasser des jardins mais n’osent pas se plaindre – le pot de terre contre le pot de fer, vous connaissez !). Pourquoi une telle profusion ? Pour inviter ses potes, nobliaux, bourgeois et autres m’as-tu vu du même tonneau à d’inénarrables journées de chasse. C’est alors le défilé des 4x4 rutilants, des tenues de camouflages griffées de chez plouc, la sortie des fusils bien graissés par le majordome de service. Le cirque ! Des femmes en toilettes et bijoux accompagnent et parfois même participent, il y a de la testostérone dans l’air. Les manants du coin sont conviés pour la « traque », ils recevront un petit billet, un coup de gnôle et l’illusion d’avoir approché « le grand monde ». Puis la partie commence. Des milliers, oui, des milliers de coups de feu (plusieurs par minute durant des heures !) s’entendent à des kilomètres. Incendie dans une usine de pétards ? Non, partie de chasse ! L’hécatombe est évidemment au rendez-vous, malgré les innombrables coups manqués par ces tireurs du dimanche. Par contre, dans la confusion et l’ignorance, des espèces non visées initialement s’ajoutent au tableau de chasse de ces héros : poulets de ferme, rapaces effrayés, corneilles et petits moineaux, chiens, chats, vaches et touristes égarés. Un jour on interdira aux habitants de ce village de consommer les légumes du jardin tant le sol y sera saturé de plomb.

 

Quant aux chasses, disons, moins industrielles, pratiquées par ailleurs, elles ne sont pas moins néfastes pour le milieu naturel. Les justifications cynégétiques ne résistent pas aux faits. Il s’agit uniquement d’un sport doublé d’une activité économique lucrative pour certains. Le tout est de savoir si une société qui se dit civilisée et soucieuse de protection de l’environnement peut admettre tous les sports et toutes les activités économiques. J’ai ouï dire qu’on avait interdit le lancer de nains, pour des raisons morales, même si les projectiles humains avaient donné leur assentiment pour participer à ce jeu surréaliste. La culture du cannabis est interdite, et pourtant c’est très lucratif. La chasse ne mérite pas mieux, à l’heure actuelle, que ces deux exemples. Le seul intérêt de cette activité, finalement, c’est la perte accidentelle, et parfois préméditée, de quelques-uns de ses adeptes.

  

15:34 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

05/08/2007

VII. Dernières tribulations de l'évolutionnisme, le " dessein intelligent ".

Pour beaucoup, la contemplation semble un état d'esprit plus satisfaisant que la compréhension. Le fait est que cela demande moins d'efforts intellectuels et entraîne souvent moins de risques. Admirer un tour de magie bluffant est un certes un plaisir, mais comprendre comment cela a pu être réalisé, si possible sans que le truc ne nous soit révélé ex abrupto, rend selon moi la chose beaucoup plus plaisante. D'aucuns diront que l'émerveillement ne sera plus aussi savoureux après. Pourtant, il pourra changer d'objet, se fixer sur l'habileté du magicien, le génie de l'inventeur, le plaisir d'apprendre à son tour et de transmettre cette connaissance, sans compter ce plaisir égoïste de savoir déjà ce que d'autres ignorent encore. Chez moi, et je ne crois pas être le seul, les plaisirs s'additionnent. À la satisfaction esthétique ou poétique qu'il y a à admirer un joli paysage, s'ajoutent celles, innombrables, des compréhensions à ma portée. Par exemple, comment l'érosion naturelle a-t-elle pu agencer un tel tableau ? Et si cette question doit me mener jusqu'au poids spécifique du granit et à la force corrosive du vent, je n'en suis que plus comblé. Quant aux explications qui échappent à ma compréhension, s'il est vrai qu'elles m'agacent parfois, elles stimulent aussi mon envie d'en savoir plus. En dernier ressort, si cela dépasse définitivement mes capacités de compréhension, j'avouerai mon ignorance sans toutefois avoir l'outrecuidance de diviniser l'inconnu.

Apparemment, cette tournure d'esprit est loin d'être généralisée puisque beaucoup préfèrent s'en tenir à une contemplation béate du monde, ou du moins une compréhension très superficielle de celui-ci. Quand ceux-là se voient confrontés aux inévitables questions sur les causes, les origines, les buts ou les objectifs de ce qui est et qui évolue sous leurs yeux, ils se contentent alors de réponses lapidaires. Des réponses qui se résument d'ailleurs rapidement à un seul mot : Dieu. Notez que, pour justifier la pertinence (sic) de cette solution, les mêmes sont parfois prêts à déployer une quantité impressionnante de ressources, essentiellement du verbiage et de l'encrage, mais tout de même, dont on ne peut que regretter l'absolue orientation !

Avec l'accroissement des connaissances scientifiques (le bon sens ne suffisant pas), les créationnistes ont dû sérieusement revoir leurs prétentions. Dieu n'a pas créé le monde en 4004 av. J.-C., sédiments et fossiles compris pour nous faire une bonne blague. La terre n'est pas le centre de l'univers et, pire encore, ce même univers, l'ordre et la vie qu'il engendre, n'ont pas besoin de la notion de dieu pour se justifier. On comprend que cela en agace plus d'un ! Mais cela ne rend-il pas les choses encore plus fantastiques et plus merveilleuses ?

Or, voici que les créationnistes reviennent encore et toujours à l'assaut. Par exemple, dans certains états des États-Unis, des fondamentalistes ont voulu substituer leur solution révélée à l'enseignement des théories darwiniennes. Cela a pu se faire, devant les tribunaux, à cause de pressions politiques diverses émanant à la base des comités de parents d'élèves puis de politiciens républicains opportunistes, le tout bien attisé par d'habiles prêcheurs. Une nouvelle offensive plus subtile, car moins attachée à une interprétation littérale des textes religieux, tente aujourd'hui d'imposer l'enseignement d'un nouveau créationnisme dissimulé sous les traits d'un " dessein intelligent " au sein de l'évolution naturelle. Autrement dit, il y aurait une " volonté " ou un " plan " derrière les processus de l'évolution & Dieu expulsé par la grande porte revient par la cheminée, comme le père Noël.

La solution de facilité qui consiste à décréter une intervention divine là où notre compréhension montre ses limites, se voit ainsi reconduite et transposée directement sur le terrain des scientifiques. Le fait de se demander s'il n'y a pas une sorte de volonté, de plan ou de but dans le processus d'évolution, plutôt qu'une nue succession de hasards et d'accidents encadrée par les lois de la physique, de la chimie et de la biologie, n'est pas une hérésie en soi, reconnaissons-le. L'aspect philosophique de la question n'est d'ailleurs pas dépourvu d'intérêts. Cependant, il ne faut pas être dupe, la manoeuvre est avant tout politicienne : rendre du pouvoir à Dieu, plus exactement à ceux qui utilisent cette croyance pour asseoir leur pouvoir.

Une volonté, un plan, un but ? Pourquoi pas après tout. Ne dirait-on pas que la matière s'arrange pour composer des îlots où la vie peut émerger ? Que cette vie s'arrange pour amener des créatures à la conscience, à l'intelligence, au pouvoir d'exercer des transformations inédites au sein de l'univers ? Le gain le plus important étant semble-t-il, pour l'heure, de l'information. Question d'entropie, l'information s'accroît tandis que l'univers refroidit. Vision anthropomorphique : si l'univers avait dans l'idée d'en finir plus vite avec un état qu'il estime inconfortable (suicide), ne créerait-il pas justement les conditions pour épuiser (dissiper) au plus vite son énergie ? Toute l'organisation que nous pouvons admirer, des galaxies jusqu'à nos sociétés, sont de tels dissipateurs. Si Dieu existe, il est donc dépressif et suicidaire. Il devient alors exact de dire que l'homme a été créé à son image, ce que corrobore sa façon de gérer la planète.

Aux questionnements des quelques partisans honnêtes du " dessein intelligent " sur l'intentionnalité apparente des processus évolutifs, on ne peut que présenter la manne de résultats positifs de la recherche scientifique, plus spécialement ceux corroborant la théorie du darwinisme. Le contraire est impossible, les créationnistes n'ont jamais initié aucune recherche sérieuse, tout leur ayant été révélé ! À ceux qui douteraient encore, il faut préciser que le darwinisme n'est pas un réflexe logique de pensée. Si on demande à des partisans convaincus de l'évolution l'explication de l'accroissement du cou de la girafe ou de l'absence progressive de défenses chez les éléphants, on obtient une majorité de réponses du plus pur style lamarckien ! Le gène qui prévient la défense de l'éléphant n'est pas plus présent parce que l'éléphant s'est finalement dit, astucieux, que sans ses défenses il échapperait aux braconniers, mais parce que les individus non exterminés car dépourvus de défenses, ont pu transmettre, eux, leur patrimoine génétique plus souvent. Pareil pour la girafe qui broute les arbres, les individus au cou plus petit ont eu plus de mal à subsister et à transmettre leurs caractéristiques. Pas d'intentionnalité donc, mais une sélection parfaitement causale. Qui a dit que le hasard était déprimant ?

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29/07/2007

VI. Pourquoi interdire le dopage ?

La " Grande Boucle " se termine et, comme il fallait s'y attendre, le classement s'est joué après élimination, suite aux analyses antidopage et scandales divers. Et quand on pense que les vainqueurs épargnés par ces affaires, et donc théoriquement " clean ", ont des performances supérieures à ceux des années précédentes dont on a toutes les raisons de croire qu'ils étaient dopés...

Il semble donc manifeste que tous les exploits, tous les records et toutes les victoires dans le monde du cyclisme (comme dans beaucoup d'autres sports), furent le fait d'athlètes qui, d'une manière ou d'une autre, amélioraient leurs performances par autre chose que de l'entraînement et de l'eau claire. L'histoire n'a fait qu'améliorer les choses. Jadis on se contentait d'un coup de gnôle, de café fort, de sang de boeuf ou que sais-je encore pour tirer plus et plus longtemps de ses muscles. La science pharmaceutique, secondée par des financiers sans scrupules, a fait depuis des miracles. Alors, puisque de toute façon les records sont faux et que toute comparaison est désormais impossible avec des performances " naturelles ", pourquoi ne pas libéraliser entièrement le dopage ? Nous aurions rapidement sur les circuits et les stades de véritables monstruosités chimicogénétiques capables d'exploits époustouflants, pour tout dire surhumains !

Finalement qu'est-ce qu'on en a à foutre que des sportifs, exagérément payés en regard de leur contribution au bien-être de l'humanité, se droguent à mort pour rafler des coupes et des médailles ? Scindez le sport en deux catégories supplémentaires : les faiseurs d'exploits (sans limites ni morale, pouvant toucher des salaires faramineux) et les autres (propres, honnêtes, salaires normaux). Il y a bien d'autres divisions : amateurs / professionnels ; valides / handisport ; hommes / femmes ;... alors pourquoi pas humains / artificiels ? Je suis certain que les spectateurs apprécieront plus le spectacle des monstres artificiels, mais encore une fois qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Il y aura une économie énorme faite sur la surveillance et les tests antidopage puisque tout leur sera permis. Naturellement, il faudra surveiller ceux qui auront choisi l'autre camp, car pour la gloriole certains sont prêts à tout, mais au moins il n'y aura plus toute cette hypocrisie.

Le 100m en moins de 4 secondes par des athlètes aux pattes de guépard ; 12 cols hors catégories en une seule étape à 60 km/h de moyenne ; des balles de tennis satellisées à coups de revers fulgurants,... Waouw ! Et des millions de spectateurs extasiés devant ces phénomènes ! Certes, ils mourront jeunes, et alors ? Des parents et des coachs pousseront encore des jeunes dans ces engrenages, alléchés par la gloire et l'argent, et alors ? Vous croyez qu'à l'heure où l'humanité se meurt de ses propres miasmes, il est encore sérieux de pratiquer un humanisme de pacotille ?

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15/07/2007

V. Haute Couture, (F)utilité ?

De saison en saison, cette activité artisticommerciale ne cesse de m'étonner. L'actualité cyclique nous jette périodiquement sous les yeux les résultats de cette production, sous la forme de défilés de mode que les médias pressés de nous faire rêver ( ?) nous servent entre le dernier attentat et les résultats de foot. Une récente polémique sur la maigreur des mannequins voudrait presque nous faire réfléchir sur la pertinence de cette activité pour le bien-être de l'humanité.

Moi qui suis plus pragmatique, terre-à-terre diront certains, je me demande simplement qui, dans la vraie vie, s'habille avec ces vêtements ? Car, à la base, il s'agit tout de même bien de vêtements, non ? En fait, je crois que pour cette activité, le produit présenté est devenu très subalterne par rapport à son image sur papier glacé et sur les écrans, par rapport même à sa " griffe " que l'on énonce comme un gage de bonne valeur sans vraiment se soucier de l'utilité ou de la valeur intrinsèque de ce qu'il y a derrière.

Si la haute couture et les figures de proue de ce que l'on appelle la mode sont là pour faire rêver les individus sensibles à cet aspect des choses, à l'instar des peintres, sculpteurs et autres artistes, alors d'accord. Pourquoi pas ? La vision d'une jolie créature parée d'un audacieux assemblage de tissus (ou de n'importe quoi d'autre allant de l'aluminium au chocolat noir), maquillée comme une extraterrestre et défilant tel un étrange insecte haut sur pattes, est une vision pouvant être agréable. Quoique, ces longues jambes maigres qui cisaillent l'air à la limite de la rupture ont souvent quelque chose d'écoeurant. Mais s'il s'agit réellement de proposer une ligne de vêtements, ne fut-ce qu'à une élite de gens fortunés, alors ces créateurs ont dépassé l'absurde.

Il est évident qu'à de très rares exceptions (des adolescentes maigrichonnes montées en graine), ces toilettes ne peuvent être portées par quiconque ayant une constitution normale, sans d'importantes retouches qui, forcément, vont dénaturer et rendre ridicule la jolie ligne initiale. Il en va de même lorsque ces idées sont transposées, histoire de " suivre la mode ", dans l'industrie du prêt-à-porter.

Certains osent parfois des comparaisons audacieuses, la haute couture étant au prêt-à-porter ce que la Formule 1 est à la voiture de monsieur tout le monde : un banc d'essai de nouvelles idées, de nouvelles technologies, un summum de performances… Ce genre de comparaison permet surtout de légitimer, dans un cas comme dans l'autre, une futilité d'ampleur planétaire.

Ce qui m'épate par-dessus tout, ce n'est pas que des artistes de la mode entretiennent cette supercherie (d'autres ont fait mieux en peinture d'ailleurs), mais l'hypnotisme imbécile de millions de gens, surtout de femmes (ce qui m'étonne encore plus vu le crédit de raison que je leur accorde par rapport aux hommes). Qui a-t-il donc sur ces podiums, dans ces magasines, qui vous fascinent tant ? Au point, pour certaines, de vous rendre malades par des régimes inutiles, de vous pourrir la vie de remords et de honte de vos corps. Et des filles minces qui se trouvent grosses deviennent anorexiques à en crever ; et des filles de taille normale se font allonger les os pour atteindre la toise magique de la " taille mannequin " ; et toutes ces autres qui se font remodeler de partout pour avoir une chance de finir sur papier glacé ; et ces hommes qui ne disent rien, voire qui encouragent, alors qu'au fond d'eux-mêmes ils ne trouvent plus rien d'érotique dans ces créatures par ailleurs inaccessibles.

Faut-il croire que ces créateurs sont devenus plus dangereux que futiles pour la société ?

11:26 Écrit par Tonton dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14/06/2007

IV. Le mieux est l'ennemi du bien, l'extrémiste végétarien.

Je ne suis pas souvent d'accord avec les maximes, dictons et autres proverbes qui jalonnent nos discours telles de prétentieuses lanternes où vient s'agglutiner la raison commune. On pourrait reparler de la peau de l'ours qu'il ne faut pas vendre avant de l'avoir tué, hérésie manifeste, à moins d'accorder plus d'importance à l'acte commercial plutôt qu'à la valeur de la vie (rassurez-vous, je n'entends pas seulement cette formule au sens littéral). Mais je dois bien reconnaître que " le mieux est l'ennemi du bien " me semble particulièrement pertinent dans le cas du végétarisme.

Il n'est plus à démontrer qu'un régime essentiellement végétarien, bien mené, est bénéfique pour la santé des individus. Ce mode d'alimentation est de surcroît profitable pour l'environnement étant donné qu'il limite le gaspillage des ressources destinées à l'engraissement animal. Le bon sens, s'il existait, devrait conduire les humains à limiter fortement leur consommation de viande. Tel n'est pas le cas, au contraire. Les amateurs de viande rétorqueront qu'ils aiment cela. Mais aime-t-on réellement la viande, ou est-ce un conditionnement culturel, voire bassement économique ? On pourrait d'ailleurs tenir le même raisonnement avec le sucre, que l'on intègre dans tout et n'importe quoi en quantité croissante parce qu'il faut bien écouler les quantités produites.

L'image positive du végétarisme, de la simple observation médicale au constat environnemental, est évidemment combattue par ceux qui ont intérêt à ce que les gens consomment une alimentation carnée, si possible de plus en plus élaborée ou exotique, bénéfice oblige. C'est de bonne guerre (économique), et à ce petit jeu les cons et les pauvres sont toujours perdants. À l'heure actuelle, les riches bien informés et soucieux de mieux vivre, mangent bio, varié, beaucoup moins de viande que jadis. Par contre, il est regrettable de constater que l'image positive du végétarisme est fortement dévalorisée de l'intérieur.

Pourquoi faut-il qu'il y ait des intégristes dans ce secteur comme au sein des plus stupides croyances ? Il y a d'abord les stricts végétariens, qui ne touchent pas à une fibre de viande de toute l'année. Bravo pour leur force de caractère, mais pourquoi ne pas s'autoriser de temps à autre un petit écart ? Une brochette au barbecue (d'accord ce n'est pas " sain ", mais cela sent si bon !), ou un steak grillé à l'occasion ? Si on n'aime pas, on n'aime pas, mais ce ne serait tout de même pas un drame. Ensuite il y a des catégories d'exclusion : ovo-lacto végétarisme (autorise les oeufs et le lait) ; lacto végétarisme (autorise le lait et ses dérivés) ; végétalisme (exclut lait, oeuf, fromage, miel,... et tout ce qui est issu de l'exploitation animale) ; véganisme (exclut aussi l'usage de produits d'origine animale comme le cuir, la cire d'abeille, la fourrure, les cosmétiques testés sur animaux,... )

Plus l'on s'écarte du " végétarisme raisonnable ", celui qui est définitivement bon pour la santé et la nature (un régime composé essentiellement mais pas exclusivement de végétaux, qui autorise les oeufs, le lait, le miel, les poissons, les crustacés,...) et plus les justifications tiennent de registres éthiques, moralisateurs, religieux, voire ésotériques ou sectaires. Qu'on m'explique sérieusement qu'il n'est pas bien de manger l'oeuf d'une poule élevée au grand air. Qu'on m'explique que les abeilles sont frustrées de passer l'hiver dans une bonne ruche et qu'un méchant apiculteur leur vole la moitié du miel en été. Et puisque des bovins sont de toute façon abattus, pourquoi ne pas utiliser leur peau pour se tailler des godasses ? Étant moi-même un végétarien un peu moins que raisonnable (aucun mérite, en général je n'aime pas le goût de la viande rouge ni les préparations, mais je m'autorise sans remords certaines entorses), je suis d'accord que l'élevage et l'exploitation industrielle des animaux est une calamité sanitaire, environnementale, et que sur le plan éthique cela ne grandit pas l'homme. Mais pourquoi jeter le gigot avec l'eau de cuisson ? Les considérations morales, éthiques ou religieuses deviennent systématiquement foireuses dès qu'elles sont portées par des extrémistes. L'exemple des végans claquemurés dans leurs convictions ou les mines blafardes des végétaliens inciterait plutôt à reprendre une côtelette plutôt qu'un rata au soja. Finalement, le mieux est l'ennemi du bien. On souhaiterait que l'humanité diminue sa consommation de viande, mais les extrémistes du végétarisme offrent une telle image de stupidité que cela joue contre la cause.

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29/05/2007

III. Mais tu dois voter !

Comment ? Tu ne vas pas voter aux prochaines élections ? Mais tu dois voter !

C'est par cette formule lapidaire que je me suis récemment fait clouer le bec par une jeune dame intimement convaincue, j'en suis sûr, de la pertinence morale de ses propos. Mes arguments, bien sûr, n'ont rien modifié de son jugement. Il n'est de pire sourd, n'est-ce pas... Cela m'a fait penser à ces braves américains des quartiers " bien-pensants ", qui accueillent si chaleureusement leurs nouveaux voisins tout en s'enquérant de leurs croyances religieuses. Si le nouvel arrivant s'affirme croyant, peu importe la chapelle où il est affilié, le voici admis dans la communauté. Entendez : ce nouveau voisin est normal et sain d'esprit, puisqu'il croit en Dieu (sic). Mais s'il s'affirme athée, le voici rejeté tel un pestiféré de l'esprit.

Il y a aujourd'hui, chez nous, quelque chose dans l'air du temps qui fait surgir ce genre de formules où il est péjorativement entendu que celui qui refuse d'aller voter est, comme qui dirait, un individu n'ayant pas toutes ses facultés mentales, ou pour le moins ayant une conscience politique atrophiée, voire pervertie par je-ne-sais quelle idéologie pernicieuse ! Jadis, on avait droit à des épithètes plus savoureuses ou du moins plus explicites. On était un rebelle, un anarchiste, un inconscient ou tout simplement un paresseux. Aujourd'hui, on suggère à demi-mot que, si tel est votre choix, c'est sans doute parce que vous manquez d'entendement, de conscience citoyenne, de maturité politique, voire de capacité intellectuelle pour saisir toute l'importance de cet acte. Cette culpabilisation insidieuse conduit beaucoup de personnes aux urnes, notamment celles qui, justement, n'entendent pas grand-chose au sujet, mais espèrent ainsi masquer leur ignorance ou leur désintérêt.

Je ne citerai ici que quelques-uns des motifs qui, alors que je me targue de posséder une " conscience citoyenne " de bon aloi et une relativement bonne connaissance des programmes politiques, j'ai décidé de ne plus voter.

Le premier est assurément l'obligation de vote en Belgique. Cette obligation réduit à néant la pertinence de la mobilisation citoyenne. La moindre des choses pour valider des élections serait d'atteindre un taux de participation libre suffisant. Pas de risque de trop d'abstentions si le vote est obligatoire ! Le vote " blanc " n'est pas comparable à une réelle abstention car toujours profitable d'une manière ou d'une autre aux partis. Quant au vote nul, il est devenu impossible avec le vote électronique. Or, dans ces conditions, comment marquer une désapprobation, comment sanctionner le politique sans pour autant encourager un parti d'extrémistes ? Il faut pouvoir s'abstenir efficacement, tourner symboliquement le dos aux hommes politiques dont on désapprouve les actes antérieurs, les programmes proposés et les toujours possibles alliances contre nature. Je souhaiterais pouvoir voter contre en même temps que je vote pour, simple bon sens. Admettons que mes sympathies aillent vers la liste A, au sein de laquelle se place un individu Z que j'estime détestable et incompétent. Je souhaiterais voter pour A et contre Z, en espérant que cette sanction, cumulée, empêche Z de posséder des mandats au sein de A. Il n'y a guère de difficultés techniques à organiser un tel scrutin. Et pourquoi ne pas panacher ainsi le tir entre les listes, afin de viser les personnes plus que les programmes, tant ces derniers sont devenus des melting-pots aux frontières incertaines.

Je pourrais développer bien d'autres motifs justifiant un refus de participer à cette mascarade épisodique (moralité, compétence, honnêteté des politiques, capacité des électeurs et des élus, modalités de scrutin, répartition des mandats, jeu des alliances... ), une autre fois peut-être, mais je ne voudrais pas vous saouler. De toute façon, on me traitera de sot ou d'utopiste, mais les faits parlent d'eux-mêmes. Les politiciens n'ont plus guère de pouvoir de gestion au niveau international, infiltrés et téléguidés qu'ils sont par l'industrie et la finance. Au niveau national et régional, ils perdent plus d'énergie à se combattre entre eux, à vaincre de l'inertie administrative et à cultiver des intérêts privés, qu'à s'unir pour le bien commun. Dans un tel contexte, et tant qu'un parti ne proposera au moins une amorce de réforme allant dans le sens précité, je vote contre tous par la seule voie logique, le bras d'honneur symbolique. Et si on me punit pour ce " délit d'opinion ", je porterai ce blâme tel un titre honorifique.

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27/05/2007

II. Tags et graffitis, indigence artistique maximale.

Ils sont devenus tellement banals que l'on ne s'étonne plus de les trouver là, un peu partout, sur les murs, les bus, les trains, les portes et les volets, dans les endroits inaccessibles, interdits ou dangereux (comme si la difficulté du support pouvait ennoblir la chose), dans les recoins bourbeux sentant la pisse ou, forcément plus éphémères, sur la façade vitrée de quelque Institution outragée. Leurs formes exubérantes, leurs coloris piètrement psychédéliques, sont comme autant d'explosions silencieuses et figées, mouvements ratés d'une pathétique impuissance à atteindre l'Art.

Soyons juste, lors d'une petite escapade en train vers la capitale, j'ai pu voir une jolie tête de tigre et une suite de squelettes de gros lézards en mouvement, dessins non dénués d'intérêt et de beauté. Hélas, cela représente moins de 1% du genre, le reste étant essentiellement composé de vulgaires " ratchatchas " (comme aurait dit ma maîtresse de maternelle quand je bousillais les cahiers au gros feutre), de lettrages et de signatures géantes ( !). Il y a aussi, de-ci de-là sur des façades réservées à cet effet, de jolies fresques réalisées par de véritables artistes, que personne ne confondra jamais avec les dégradations architecturales précitées.

Naturellement, il s'est vite trouvé des intellectuels pour chercher des justifications sociologiques à ce phénomène. Certes, il y en a... mais elle peuvent se résumer à peu de choses : des jeunes qui s'emmerdent, des révolutionnaires immatures, l'envie de créer sans le courage d'apprendre et de travailler (sauf talent inné, toute forme d'art demande de l'apprentissage, de l'expérience, de la sueur... conditions qui rebutent ces gribouilleurs clandestins), et puis l'émulation, le besoin d'imiter et d'en rajouter, le laxisme ambiant, le goût de l'interdit, la provocation, voire le désir basique de saccager. Tout cela ne compose par une " nouvelle forme d'expression ", encore moins d'art, mais juste un enlaidissement du réel. Poussant le bouchon plus loin, justement, certains revendiquent le statut de " d'art " à ce qui n'apparaît, pour le commun des mortels, que comme une agression visuelle. Je ne suis pas qualifié, avec mes gros sabots de paysan, pour m'aventurer sur ce terrain et oser la confrontation d'idées avec ces " spécialistes " qui savent définir ce qu'est ou n'est pas l'art. Les goûts et les couleurs, n'est-ce pas & Il me semble pourtant évident qu'une telle accumulation de grosses lettres baveuses ne peut prétendre à ce statut. Ou, s'il fallait vraiment lui accorder cet honneur, disons de l'art immature, ou de " l'ego-art ". Un grand peintre se reconnaît à son style avant sa signature. Ici la signature, et quasi exclusivement elle seule, est magnifiée jusqu'à l'éclatement, fi du ridicule. L'oeuvre n'est pas dissimulée sous cet ego démesuré, elle n'est pas née, tout simplement, aucune fécondation artistique n'ayant voulu passer par là.

Selon moi, la seule justification qui tienne la route est économique. Les fabricants et revendeurs de bombes de peintures se frottent les mains depuis des années en bénissant ces jeunes cons qui saccagent le patrimoine commun et les biens privés. Viennent ensuite les pouvoirs publics et les entreprises privées de nettoyage, de réparation, de " réhabilitation ". Puis la police et la justice, soit des milliers de personnes dont le travail dépend en tout ou partie de l'incivisme et de l'indigence créative de millions de tagueurs.

Air du temps oblige, l'on voit fleurir ( ?) des tags dénonçant la mondialisation de l'économie (mais qui produit les bombes de peintures de la contestation ?) et des cris d'alarme écologiques (ladite peinture, ses gaz propulseurs et les contenants abandonnés dans les terrains vagues sont bien sûr totalement biodégradables !). N'est pas Botticelli ou Andy Warhol qui veut. Un bus bariolé à la sauvette ne concurrencera jamais les grottes de Lascaux, pas même les pissotières de Pompéi.

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20/05/2007

I. Fumeurs versus non-fumeurs, round 2 !

Pour rappel, le premier round de cette confrontation, remporté après d'âpres combats par les non-fumeurs, avait pour enjeu l'interdiction de fumer dans les endroits publics tels que gares, trains, avions, bureaux, lieux de travail, restaurants… Malgré quelques concessions, cette victoire contre les empoisonneurs marque une avancée salutaire dans le respect des libertés de celles et ceux qui ne souhaitent pas se voir imposer cette nuisance olfactive.

Il faut dire aussi que ce premier round fut précédé d'une très longue période d'observation durant laquelle les différents protagonistes, pas toujours antagonistes d'ailleurs, usèrent pour s'entendre d'une courtoisie à géométrie variable, mais allant néanmoins, signe des temps et des moeurs, vers une disparition pure et simple de la politesse et des bonnes manières, le fumeur se permettant de vicier l'air ambiant, où qu'il se trouve, sans plus se soucier de l'avis d'autrui.

Il fut un temps, jadis, où le fumeur avait conscience que son " plaisir " (drôle de nom pour une addiction cancérigène ?) risquait de gêner son entourage, et il demandait alors la permission d'en griller une quand l'envie lui venait. Généralement, on la lui donnait, parce qu'un non-fumeur sait être courtois quand cela lui est demandé poliment, et même parce qu'il n'est pas toujours désagréable, même pour un non-fumeur, de humer quelques instants les effluves d'un vrai tabac. Avec le temps, les fumeurs ont bien changé et le tabac aussi ! Si l'odeur de la pipe, des cigarettes roulées ou de quelques cigares sait parfois être agréable aux narines du non-fumeur, il n'en va certainement plus de même des cigarettes industrielles dont la pestilence n'a d'égale que la nocivité, à force évidemment d'y avoir ajouté des substances exotiques afin de renforcer, business oblige, la dépendance des drogués. La publicité et le lobbying incessant des cigarettiers ont longtemps influencé une mode du glamour où la cigarette (en même temps que bien d'autres futilités commerciales) tenait lieu d'ingrédient indispensable à l'épanouissement social et personnel. Nous n'allons pas refaire l'histoire, les arguments commerciaux, comme souvent lorsqu'ils sont enrobés de mensonges et d'artifices, ont d'abord vaincu la raison et le bon goût lui-même des consommateurs. Il a fallu pléthores de démonstrations, d'études scientifiques, de procès retentissants, pour qu'enfin le législateur s'intéresse au sort des uns comme des autres et impose les premières règles de bonne conduite. Ouf, il est enfin possible de déguster sa sole meunière sans être dégoûté par le sagouin d'à côté qui, déjà arrivé au café ou même entre deux plats, se permet de jouer au solfatare comme s'il était seul au monde.

Mais, naturellement, ce n'est pas assez ! Il est temps d'engager le deuxième round, à savoir l'élargissement de l'interdiction de fumer à tous les lieux publics non fermés, ainsi qu'aux lieux privés mal fermés… hé oui !

Conséquence de l'interdiction de fumer dans de nombreux endroits, on rencontre aujourd'hui de pathétiques agrégats de drogués du tabac sur de petits territoires " aérés " où ce vice ainsi concentré n'en devient que plus incommodant pour les non-fumeurs ayant à passer par là. C'est ainsi que les trottoirs sous les immeubles de bureaux, devant les magasins, voire les hôpitaux, sont devenus de véritables infections dont tout le monde profite. Ne parlons même pas des quais de gare où les pafteurs-naveteurs se dépêchent d'en griller une dernière avant de monter le train. Que dire aussi des foires et brocantes où, dans la foule, croisent en permanence des fumerolles ambulantes qui vous soufflent à la gueule leur nuage de merde ! Assez, tout simplement assez ! Y en a marre de devoir supporter cette pollution au non de je-ne-sais quelle stupide notion de liberté individuelle.

Comment !? Vous voulez nous interdire de fumer en plein air à présent ? Et notre liberté alors, espèce de facho ( ?), intransigeant et grognon ! Je conçois qu'il est difficile pour un fumeur de comprendre à quel point ce qu'il croit sincèrement être un plaisir peut-être incommodant pour d'autres. Seuls les ex-fumeurs, ceux qui ont retrouvé les goûts subtils de la nourriture et des parfums, savent ce qu'il en est. Alors oui, je veux une interdiction de fumer en tous lieux, couverts ou non, aérés ou non, où peuvent se trouver à moins de cinquante mètres des personnes ne souhaitant pas être exposées à cette puanteur. J'élargirai même cette interdiction aux automobiles, tant il est désagréable de devoir suivre un véhicule dont le conducteur refoule autant de gaz délétère que son moteur (à moins qu'un système de filtration de l'air entre l'habitacle et l'extérieur ne soit mis en place). Il restera alors aux fumeurs : les grands espaces et la sphère privée de l'habitation, ce qui n'est pas si mal.

Pour exiger cette nouvelle interdiction, je ne m'appuierai que sur la logique. Les derniers arguments des fumeurs : leur liberté, la légalité du poisson nommé tabac et le fait que l'air extérieur appartient à tout le monde, ne tiennent pas devant la plus élémentaire logique. Imaginez que, pour me débarrasser d'insectes nuisibles, je me procure un puissant insecticide à la droguerie du coin. C'est mon droit de bousiller les moustiques qui envahissent ma chambre. Le poison en question est en vente libre, je peux donc me le procurer et l'utiliser. Or, rentrant chez moi, bombe en poche et traversant la foule, voici que le récipient sous pression présente une défectuosité et laisse échapper son poison. Les gens m'interpellent, m'invitent à remédier au problème. Certains se pincent le nez, d'autres s'écartent. On ne me jette pas encore des pierres car l'affaire est accidentelle. Imaginez maintenant que je le prenne de haut et que, par bravade, je ne remédie pas à la situation. Pire encore, pris d'une sorte de folie (l'esprit engourdi par le poison qui m'enveloppe plus que les autres…), je répande volontairement dans la foule ce qui reste de ma bombe insecticide. Il est clair que je me retrouverais au poste de police en moins de deux, et ensuite, pour peu que je récidive, devant le juge ou chez les fous ! Même les fumeurs conviendront qu'il n'est pas " normal " de répandre aussi inconsidérément du poison autour de soi, d'incommoder les gens qui n'ont rien demandé. Je ne sais pas si le tabac est plus ou moins nocif qu'un insecticide domestique, mais il est certainement tout aussi incommodant. En vertu de cette logique, exigeons du législateur qu'il fasse appliquer les mêmes consignes : pas d'épandage de ce poison dès qu'il y a à proximité au moins une personne ne souhaitant pas subir cette nuisance. Et puisqu'il est impossible de légiférer au cas par cas ou de demander un referendum à chaque fois qu'un fumeur désire en allumer une, appliquons une directive générale : plus de tabac ailleurs que dans les grands espaces ou dans la sphère privée.


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